Jeudi avaient lieu les
funérailles de François Bélair (F.), notre confrère cycliste victime d’un
accident au Parc de la Mauricie le 11 août dernier1.
Plusieurs membres du
club se présentaient au salon funéraire en début de soirée, question de
rencontrer la famille et de rendre un dernier hommage à François. J’avais un
grand désir de m’y rendre également, mais j’hésitais à me joindre à la
délégation du club. J’avais peur que notre arrivée en groupe paraisse brusque.
Il faut dire que j’éprouvais un vague sentiment de culpabilité. J’imaginais que
la famille de François pouvait nous en vouloir pour toutes sortes de raisons,
ne serait-ce que d’avoir été présent lors de l’accident.
Je n’ai pas une grande
habitude des salons funéraires, mais j’imagine toujours qu’on peut y assister à
de grandes scènes de détresses et d’effondrements, à de spectaculaires
démonstrations de rancunes et de reproches. Peut-être ai-je trop vu d’épisodes
de Six Feet Under...
Pourtant je savais que
je devais y aller, quitte à subir l’opprobre à moi seul. Je tenais malgré tout à
rencontrer ceux qui aimaient François. J’avais peut-être aussi besoin d’une
forme d’expiation. Je savais en tout cas que cette étape était nécessaire à mon
deuil personnel.
Avant la randonnée
fatidique, je ne savais rien de François. Contrairement à certains de mes
collègues, je ne me souviens pas l’avoir rencontré lors d’autres sorties. Le
matin du 11 août, je suis arrivé le dernier au rendez-vous et nous nous sommes mis en route
avant que j’aie pu voir le visage de chacun. J’ai roulé plusieurs kilomètres côte
à côte avec François sans l’avoir vraiment regardé.
Je me suis donc rendu au
salon funéraire avec un mélange d’appréhension et de hâte. Je portais une carte
de condoléances signée des employés de La Cordée2. Je suis arrivé le
premier. La famille s’était absentée pour souper, et la
réceptionniste m’a invité
à patienter quelques minutes. J’ai demandé où étaient les toilettes.
J’étais dans mes petits
souliers. Je me suis passé de l’eau sur le visage. En ressortant dans le
couloir, je me suis rendu compte que la salle où était exposé François se
trouvait juste en face. La porte était entr’ouverte.
Je ne sais pas ce qui
m’a poussé, mais j’ai jeté un regard, puis je suis entré. Une curiosité, pas
malsaine du tout, il me semble, m’animait. Il me tardait de faire connaissance
avec François. Sa vie m’avait filé entre les doigts, je voulais en retenir
quelque chose.
La salle était vide et
dans la pénombre. Au milieu des fleurs se trouvait une urne toute simple. Des
photos défilaient sur un écran. Juste à gauche de la porte se trouvait le livre
des condoléances. Je me suis avancé pour le signer et y laisser la carte. J’ai
entendu des pas dans le couloir, mais j’étais absorbé.
-Monsieur, je vous ai
demandé d’attendre à la réception.
J’ai sursauté. Je me
suis répandu en excuses et j’ai regagné ma place. J’étais soulagé de voir que certains
de mes compagnons étaient arrivés entre-temps.
***
La famille est arrivée
peu après et nous avons pu tous entrer dans la salle. Il y avait foule.
François était enseignant dans une école secondaire de Montréal et avait de
nombreux collègues et amis. Des conversations que nous avons eues, j’ai retenu
que c’était un homme apprécié, plein de projets, amoureux de la vie. J’ai vu
des photos de lui enfant, jeune homme, dans la force de l’âge. J’ai salué un
voyageur, un explorateur, un sportif, un ami entouré.
On m’a présenté comme étant
« celui qui était là ». On m’a interrogé sur des questions qui étaient
restées sans réponses, nous avons échangé des réflexions sur la vie, la mort.
Je me suis rendu compte que personne n’avait de reproches à me faire, et que j’apportais
autant de soulagement par ma présence que j’en retirais. Moi qui ne connaissais
rien de François, je pouvais maintenant lui dire adieu.
1 Voir le billet précédant.
2 Le Club Cyclosportif La Cordée avait organisé cette randonnée. 2013 est la première année d’activité
du club et François assistait aux sorties depuis les tout débuts. La majorité des
accompagnateurs lors de ces sorties sont des employés de La Cordée Plein Air.
Photo tirée de la page Facebook de François Bélair.
Photo tirée de la page Facebook de François Bélair.

Bonjour, je suis une bonne amie de François. Amie de longue de date. Près d'une trentaine d'années qu'on se connaissait. Votre récit m'a profondément touchée. J'avais besoin de savoir. Vous êtes le lien, la personne qui l'a accompagné dans cette tragédie. Merci d'avoir été là. Je sais que vous devez avoir un choc c'est certain. Vous devez faire attention à vous.
RépondreEffacerRoxanne