lundi 26 août 2013

Adieux



Jeudi avaient lieu les funérailles de François Bélair (F.), notre confrère cycliste victime d’un accident au Parc de la Mauricie le 11 août dernier1.

Plusieurs membres du club se présentaient au salon funéraire en début de soirée, question de rencontrer la famille et de rendre un dernier hommage à François. J’avais un grand désir de m’y rendre également, mais j’hésitais à me joindre à la délégation du club. J’avais peur que notre arrivée en groupe paraisse brusque. Il faut dire que j’éprouvais un vague sentiment de culpabilité. J’imaginais que la famille de François pouvait nous en vouloir pour toutes sortes de raisons, ne serait-ce que d’avoir été présent lors de l’accident.

Je n’ai pas une grande habitude des salons funéraires, mais j’imagine toujours qu’on peut y assister à de grandes scènes de détresses et d’effondrements, à de spectaculaires démonstrations de rancunes et de reproches. Peut-être ai-je trop vu d’épisodes de Six Feet Under...

Pourtant je savais que je devais y aller, quitte à subir l’opprobre à moi seul. Je tenais malgré tout à rencontrer ceux qui aimaient François. J’avais peut-être aussi besoin d’une forme d’expiation. Je savais en tout cas que cette étape était nécessaire à mon deuil personnel.

Avant la randonnée fatidique, je ne savais rien de François. Contrairement à certains de mes collègues, je ne me souviens pas l’avoir rencontré lors d’autres sorties. Le matin du 11 août, je suis arrivé le dernier au rendez-vous et nous nous sommes mis en route avant que j’aie pu voir le visage de chacun. J’ai roulé plusieurs kilomètres côte à côte avec François sans l’avoir vraiment regardé.

Je me suis donc rendu au salon funéraire avec un mélange d’appréhension et de hâte. Je portais une carte de condoléances signée des employés de La Cordée2. Je suis arrivé le premier. La famille s’était absentée pour souper, et la
réceptionniste m’a invité à patienter quelques minutes. J’ai demandé où étaient les toilettes.

J’étais dans mes petits souliers. Je me suis passé de l’eau sur le visage. En ressortant dans le couloir, je me suis rendu compte que la salle où était exposé François se trouvait juste en face. La porte était entr’ouverte.

Je ne sais pas ce qui m’a poussé, mais j’ai jeté un regard, puis je suis entré. Une curiosité, pas malsaine du tout, il me semble, m’animait. Il me tardait de faire connaissance avec François. Sa vie m’avait filé entre les doigts, je voulais en retenir quelque chose.

La salle était vide et dans la pénombre. Au milieu des fleurs se trouvait une urne toute simple. Des photos défilaient sur un écran. Juste à gauche de la porte se trouvait le livre des condoléances. Je me suis avancé pour le signer et y laisser la carte. J’ai entendu des pas dans le couloir, mais j’étais absorbé.

-Monsieur, je vous ai demandé d’attendre à la réception.

J’ai sursauté. Je me suis répandu en excuses et j’ai regagné ma place. J’étais soulagé de voir que certains de mes compagnons étaient arrivés entre-temps.

***

La famille est arrivée peu après et nous avons pu tous entrer dans la salle. Il y avait foule. François était enseignant dans une école secondaire de Montréal et avait de nombreux collègues et amis. Des conversations que nous avons eues, j’ai retenu que c’était un homme apprécié, plein de projets, amoureux de la vie. J’ai vu des photos de lui enfant, jeune homme, dans la force de l’âge. J’ai salué un voyageur, un explorateur, un sportif, un ami entouré.

On m’a présenté comme étant « celui qui était là ». On m’a interrogé sur des questions qui étaient restées sans réponses, nous avons échangé des réflexions sur la vie, la mort. Je me suis rendu compte que personne n’avait de reproches à me faire, et que j’apportais autant de soulagement par ma présence que j’en retirais. Moi qui ne connaissais rien de François, je pouvais maintenant lui dire adieu.



1 Voir le billet précédant.

2 Le Club Cyclosportif La Cordée avait organisé cette randonnée. 2013 est la première année d’activité du club et François assistait aux sorties depuis les tout débuts. La majorité des accompagnateurs lors de ces sorties sont des employés de La Cordée Plein Air.

Photo tirée de la page Facebook de François Bélair.

1 commentaire:

  1. Bonjour, je suis une bonne amie de François. Amie de longue de date. Près d'une trentaine d'années qu'on se connaissait. Votre récit m'a profondément touchée. J'avais besoin de savoir. Vous êtes le lien, la personne qui l'a accompagné dans cette tragédie. Merci d'avoir été là. Je sais que vous devez avoir un choc c'est certain. Vous devez faire attention à vous.
    Roxanne

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