lundi 30 juin 2014

Valeurs


« J'espère que sa mort fera enfin bouger les choses, qu'il n'y ait pas d'autres victimes. »

On vit une époque trouble. Je ne vous apprendrai rien. Tout change, se transforme, bouge. Plus rien n’est comme avant, les repères tombent, les normes n’existent plus. Nos certitudes n’en sont plus, notre confiance est ébranlée, nos valeurs foutent le camp.

Voilà, le mot est lâché.

Valeurs. Ce mot a tellement été galvaudé ces derniers mois qu’il a causé la chute d’un gouvernement. Pourtant, ce n’est pas cet aspect qui m’intéresse. De toute façon, peut-on vraiment considérer que des normes sociales qui datent de 40 ans tout au plus sont des valeurs inébranlables?

Ah! Ce n’est pas que la notion de valeur qui me préoccupe soit universelle ni éternelle, loin de là. Il s’agit de la valeur des choses, en particulier des choses vivantes, qui est, elle aussi, aléatoire et bafouée de telles façons qu’on se demande ce qu’il reste encore d’humanité dans le monde.

D’abord, comment définir ce qui a de la valeur? Et d’abord, qu’est-ce que la valeur? Est-ce simplement la mesure de l’équivalence d’un objet au moment de l’échange? Est-ce le prix qu’on peut s’attendre à payer selon une série de facteurs variables? Est-ce une convention que l’on s’accorde en tant que société?

Qu’en est-il des êtres vivants, des humains? Comment définir une valeur pour ce qui est par nature mouvant et changeant? Peut-on seulement parler de valeur pour « tout ce qui souffre et se bat »?

Bien sûr que oui. Oui à toutes ces questions. Des questions qu’il n’y a même pas lieu de se poser. L’être humain, créature et créateur imposé sur cette planète, a depuis longtemps répondu oui : oui tout s’échange; oui, tout à un prix, donc une valeur; oui, l’être vivant est une marchandise comme une autre; oui, la force de travail est monnayable.

Les êtres vivants, humains ou autres sont donc des produits. Fin de la discussion.

Oui, mais… tout change! Si hier ma valeur était de X, quelle est-elle aujourd’hui? Comment savoir ce que je vaux?

Je ne sais pas ce que je vaux vraiment, mais une chose est sûre, je ne vaux certainement pas plus que je valais. Tout change, mais ce qui ne change pas, c’est que la valeur est une donnée qui est en baisse. Ou variable. C’est pour cela que je me sens dévalorisé… 
Je vaux X-n.


***


Il en va de même de la vie de tous les êtres. Leur valeur est variable. La vie d’un enfant vaut plus que celle d’un adulte (entendre par là qu’un enfant est plus précieux qu’un adulte). Celle d’une mère de famille, supérieure à celle d’un itinérant. Celle d’un cycliste ou d’un piéton, pas grand-chose, parfois…

La mort tragique de Mathilde Blais a causé une énorme onde de choc. Pourtant, année après année, cyclistes et piétons meurent sous les roues de l’automobile à Montréal et ailleurs au Québec et cela semble une fatalité. On s’en émeut un moment, et la nouvelle prend le chemin des autres faits divers. Que s’est-il passé pour que tout à coup, le décès de Mathilde suscite autant de commentaires, d’émotions, de déclarations, de prises de position?

Est-ce que la vie de Mathilde valait plus que celle des autres cyclistes morts ces dernières années? Est-ce la marque d’un ras-le-bol généralisé, d’un refus d’accepter ces décès comme étant inévitables? Est-ce un effet d’entraînement dû à la série noire qui a suivi ce fatidique 28 avril?

Certains ont été jusqu’à dire que cet accident représente une opportunité. Que le Code de la Sécurité routière va enfin être révisé pour refléter la place qu’occupe aujourd’hui le vélo comme mode de transport. Que les décideurs politiques vont enfin bouger et repenser la place de l’automobile.

Bravo! C’est vrai qu’on attendait ce type de décisions depuis longtemps. Mais pourquoi a-t-il fallu — une fois de plus — qu’un décès de trop survienne pour que les choses changent?

Dans les jours qui ont suivi le décès de sa fille, la mère de Mathilde a déclaré : « J'espère que sa mort fera enfin bouger les choses, qu'il n'y ait pas d'autres victimes. »


Ce que j’espère de tout cœur, c’est ce que je redoute depuis toujours : qu’une mère, un père, un ami n’ait jamais à prononcer ces paroles, madame.

dimanche 16 mars 2014

Emballages individuels...

Ce fut tout un hiver. Personne ne dira le contraire. Et je ne sais même pas si on peut le considérer comme terminé. Ça s’est déjà vu, des tempêtes de neige en avril.

Il y avait plusieurs années que je n’avais pas roulé tout l’hiver. J’ai toujours roulé quelques jours par mois, entre décembre et mars. Cet hiver, ce fut plusieurs fois par semaine, et ce fut mon plus bel hiver depuis longtemps. Non seulement j’ai gardé une forme physique qui habituellement se dégrade durant cette période de l’année (pas besoin de spinning pour moi ce printemps!), j’ai aussi amélioré ma santé mentale en luttant contre les blues de l’hiver! Vous savez, l’énergie qu’on ressent, les matins où on arrive au travail en vélo, et qui perdure toute la journée? Qui n’a pas rêvé de connaître cet état de grâce même durant les journées de froidure?

Comme je me plaisais à répéter presque tous les jours, en espérant convaincre mes collègues de travail : « le vélo d’hiver, l’essayer, c’est l’adopter! » C’est d’ailleurs une phrase souvent lue sur la page Facebook de cette joyeuse bande d’hurluberlus : https://www.facebook.com/groups/velodhiver/?fref=nf




La semaine dernière, Le Devoir rapportait qu’un cycliste a été condamné en décembre dernier à payer une amende de 1000 $ pour avoir brûlé un feu rouge à Longueuil*. Le quotidien a reçu des centaines de commentaires de lecteurs à la suite de l’article rapportant cette nouvelle, et a cru bon de clarifier les faits.

Le cycliste a mérité cette amende, selon le juge Guy Cournoyer  de la Cour Supérieure du Québec, parce qu’il aurait « ...manoeuvré son véhicule de façon à risquer la sécurité d’autrui... »... Le jugement soutient que la bicyclette doit être considérée comme un véhicule au même titre que les autres et doit donc être soumis aux mêmes dispositions du Code de la Sécurité routière. Ce jugement vient créer un précédent. Les rares instances où le vélo peut faire l’objet d’un traitement différent de celui d’un autre véhicule aux yeux de la loi se trouvent abolies par cette jurisprudence.

Réaction de Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo-Québec :

 « Il y a des aberrations, c’est pourquoi on demande une révision depuis des années. Le CSR n’est pas assez précis et n’a pas été revu depuis 1979. Le vélo n’avait pas à l’époque la place qu’il occupe dans la mobilité urbaine »

Je me garderai une petite gêne quant à ce que je pense des propos que tient en général Mme Lareau (entre autres dans le même article du Devoir). Mais je suis d’accord avec elle sur ce point.

Cependant, elle passe selon moi sous silence un large pan de ce qui devrait faire débat sur la question, qui dépasse de loin une mise à jour (nécessaire) du CSR, et c’est cette frilosité de la part du seul organisme majeur de défense des cyclistes qui me hérisse.

-En quoi un cycliste pesant 100 kg et roulant à 20 km/h peut-il mettre en danger des automobilistes abrités à l’intérieur de cages d’acier de 1000 kg?

-Pourquoi la bicyclette, un véhicule qui n’a que des impacts positifs sur la santé, l’environnement, l’économie, le bruit, la qualité de vie générale des résidents, et j’en passe, doit-elle toujours être mise sur le même tableau que l’automobile?

-Pourquoi les cyclistes (comme les piétons) doivent-ils toujours être visés par les campagnes de promotion de la sécurité? Comment n’arrive-t-on pas à se débarrasser du paradigme qui accorde à l’automobile le droit d’occuper la principale place (TOUTE la place) en ville?

Je m’arrête là pour l’instant. J’ai déjà fait état de ce que je pense de la question.

Continuons le combat…