mardi 30 janvier 2024

Horizons


English follows (translation thanks to Google)


Dans la dernière publication de ce blogue, je me suis beaucoup attardé sur la question: “Où est (ma) maison?”

Et en y repensant, une autre réflexion me vient à l’esprit. Une fois sur la route, d’où vient le besoin de continuer? Je sais que l’éternelle question “pourquoi voyage-t-on” a été posée mille fois, et je l’ai évoquée également sans vraiment y répondre. Mais il s’agit ici d'autre chose. 

On peut admettre que les questions du pourquoi partir et du comment revenir ont été résolues pour la plupart des voyageurs au long cours. Il reste, entre les deux, une équation parfois difficile à résoudre: comment poursuivre le voyage lorsque tout semble vouloir nous pousser à abandonner? À partir de quel moment la détermination, la résilience et l’endurance ne suffisent plus? À quel point doit-on s’interdire de renoncer? Où est le point de rupture, cet instant où on réalise que la flamme qui faiblit est sur le point de s’éteindre, et que toutes les beautés de la Terre ne suffiront pas à la raviver?

Je suis certain que tous les voyageurs vivent ce moment. D’ailleurs, j’ai lu il y a quelques années que pour un grand nombre, ce moment survient après environ 12 à 18 mois, mais souvent beaucoup plus tôt. Cela semble être un seuil au-delà duquel l’être humain ressent le besoin de retrouver ses proches, ses repères, un semblant de retour. Il existe évidemment des exceptions, ces personnes qui sont sur la route depuis tellement longtemps qu’ils semblent pour leur part ne pas savoir comment revenir.

Mais pour le commun des routards, il existe des creux de vague. Cela peut se produire au premier jour du voyage, lorsque le novice est saisi par le doute, ou après quelques mois, quand une profonde fatigue s’est installée, que les pauses répétées et prolongées n’arrivent pas à chasser.

Les symptômes peuvent être variés: fatigue ou lassitude mentale, incapacité croissante à apprécier ce qui nous fascinait auparavant, douleurs ou inconforts physiques qui ne s’atténuent pas, tendance à se laisser aller au découragement ou à voir les petits inconvénients comme étant insurmontables. 

Décrit ainsi, cela pourrait ressembler aux symptômes d’une dépression mineure. Et ce n’est pas faux d’y voir des similitudes, je pense. Je ne suis absolument pas expert en santé mentale, mais j’ose penser que cette lassitude est peut-être une manifestation de l’absence prolongée de repères.

Ceci dit, il faudrait d’abord s’entendre sur ce que représente le voyage. Pour certains, c’est simplement une exploration, des découvertes, des rencontres. Pour d’autres, l’accomplissement d’un rêve. Pour d’autres encore, il s’agit d’une occasion de dépassement de soi ou de savoir jusqu’où ils peuvent aller. 


Je vais me contenter de présenter ce que je connais. Je voyage parce que j’en ai toujours eu envie, voilà tout. Je suis d’une curiosité sans bornes. À la suite vient évidemment le besoin de faire durer ce voyage pour en retirer tout ce que je peux. Mine de rien, je viens d’énumérer les trois raisons de voyager énoncées plus haut. La durée est donc une condition, pour moi, essentielle. Et pour durer, il faut parvenir à surpasser les obstacles, les difficultés, les doutes, les douleurs.

L’idée de ce billet n’est pas sortie de nulle part. Je ne me serais pas sérieusement posé la question au début du voyage. Si je la pose maintenant, après près de 6 mois de voyage, c’est que j’ai connu des moments de doutes, souvent à la suite d’événements. La plupart du temps, un peu de repos ou une conversation avec des personnes aimées m’ont permis de voir les choses d’un autre œil et de repartir. 

La façon de voyager, d’organiser son quotidien, de planifier les étapes à venir joue sans doute beaucoup également. Personnellement, je suis d’une nature à la fois désorganisée mais qui se sent rassuré de savoir ce qui m’attend. J’ai choisi de voyager sans grande préparation, sans itinéraire, en découvrant au fil des jours et des rencontres le chemin à prendre. Sur papier, ça semble séduisant et idyllique. Pour moi, c’est un défi mental sans cesse renouvelé. 

Mais j’apprends. Je gère l’anxiété de ne pas savoir où je dormirai le soir, par exemple. Je commence à faire confiance à ma bonne étoile, qui à date ne m’a jamais laissé tomber. De plus, je transporte avec moi ma petite maison. J’ai tout ce qu’il faut pour camper et cuisiner, plus un peu de nourriture. Donc, en théorie, rien de grave ne peut m’arriver. Tout s’est bien passé jusqu’à présent, et cela arrive tranquillement à me rassurer. C’est un changement important pour moi. 

Un autre facteur d’incertitude est la santé. Je suis parti après presqu’un an de consultations médicales et d’examens répétés. Les causes et les diagnostics sont divers et en évolution. Je suis parti quand même, et malgré l’avis de certains médecins, parce que si je ne partais pas maintenant, après ces années d'attente et de délais, je risquais de ne jamais partir. En fait, pour moi, ça a été un facteur déterminant: je devais partir le plus vite possible, AVANT que mon état de santé se détériore. J’ai 64 ans, je n'ai jamais connu de problème de santé grave, mais j’ai été mis en face d’une réalité: si ça peut arriver à n’importe quel moment dans la vie, il est vrai que les risques augmentent avec l’âge, quoi qu’on en pense. D’ailleurs, les compagnies qui veulent bien nous assurer ne manquent pas de nous le rappeler, et, passé un seuil fatidique, il devient impossible d’obtenir une couverture pour un voyage prolongé, d’autant plus si on est déjà déclaré à risque.

Je disais plus haut que le but du voyage peut certainement affecter le moment où la lassitude survient et la façon d’y faire face. Dans mon cas, c’est en grande partie le regard et les encouragements de mes proches qui m’ont permis de repartir. Il y a quelques semaines, je devais choisir si je prolongeais le voyage ou non. J’avais décidé d’une date de retour au moment d’acheter mes billets d’avion, tout en me laissant toutes les possibilités de la changer. En venant au Maroc, ce qui n’était nullement dans mes plans vaguement énoncés au début du voyage, je ne mettais pas seulement le pied sur un autre continent. Je faisais également un pas vers une autre étape du voyage, j’osais regarder vers un horizon beaucoup plus lointain. Les conseils de ma famille m’ont aidé à prendre cette décision, parce que je ressentais un peu de culpabilité à l’idée de rester aussi longtemps loin d’eux.

Sans bien m’en rendre compte, je faisais également la preuve que mon appétit de découverte était plus fort que le besoin de connaître ce qui arrivera demain. S’aventurer en Afrique, c’est accepter de se lancer dans un vaste inconnu.

Au final, j’ai quand même dû prendre une décision en me basant sur plusieurs facteurs. Un d'eux, le plus difficile à admettre pour l’entêté que je suis, est qu'il faut bien que je m’occupe sérieusement de ma santé et que je collabore avec mon médecin pour trouver une guérison durable. C'est difficile de profiter pleinement du voyage - et de la vie en général - en se sachant en sursis.

Mais ce qui a été déterminant dans ma prise de décision c'est l'état de mes finances. J’avoue que j’avais mal évalué certains besoins. Mes (légers) déboires matériels et de santé au fil du voyage ont fini par me coûter beaucoup plus cher que prévu. J’ai réalisé également que j’aime explorer les villes, et que découvrir l’histoire et la culture d’un peuple ne s’accomplit pas en dormant constamment à la belle étoile. Mes besoins de faire des rencontres, de côtoyer d'autres humains s'est aussi accru. Tout cela s'est donc avéré plus coûteux que ce que j’appréhendais. J’arrivais rapidement à la fin des ressources financières que je m’étais attribuées. J’aurais la possibilité de puiser dans d’autres économies, bien maigres et réservées à mes vieux jours, mais le peu de sagesse qui me reste m’interdit de m’y résoudre. 

J’ai donc coupé la poire en deux: j’ai resserré mon budget de façon à le faire durer le plus possible. Ce faisant, j’ai pu repousser de 3 mois mon retour. 

Deux semaines après avoir pris cette décision, on dirait que mon regard a changé. J’entrevois un retour, certes, mais je me surprend à penser au prochain voyage, chose qui me paraissait impossible auparavant. Lorsque je suis parti, je refusais de penser au retour. Je brûlais les ponts. J'avais vécu des choses durant les dernières années qui avaient anéanti mes projets. Je n'avais plus envie d'un futur. J'avais tout misé sur ce voyage et n'espérais plus rien d'autre de la vie. Ce périple aura donc été une guérison, en quelque sorte.

J’ai appris beaucoup de choses de ce voyage. Sur le monde, sur les gens, sur les peuples. Mais surtout, sur moi-même, sans doute beaucoup plus que je le pense. Entre autres, je suis à présent capable de voir plus loin qu’avant. 

À vrai dire, mon horizon s’est élargi. Et j'ai peut-être répondu en même temps à la question du début. En me connaissant et en me reconnaissant, en allant à la rencontre du monde, j'ai appris où était ma maison. C'est l'endroit d'où je me prépare à repartir.



In the last publication of this blog, I focused a lot on the question: “Where is (my) house?”


 And as I think about it, another thought comes to mind.  Once on the road, where does the need to continue come from?  I know that the eternal question “why do we travel” has been asked a thousand times, and I have also mentioned it without really answering it.  But this is something else.


 We can admit that the questions of why to leave and how to return have been resolved for most long-distance travelers.  There remains, between the two, an equation that is sometimes difficult to resolve: how can we continue the journey when everything seems to be pushing us to give up?  At what point are determination, resilience and endurance no longer enough?  How much should we refrain from giving up?  Where is the breaking point, that moment when we realize that the fading flame is about to go out, and that all the beauties of the Earth will not be enough to rekindle it?


 I am sure that all travelers experience this moment.  Moreover, I read a few years ago that for many people, this moment occurs after around 12 to 18 months, but often much earlier.  This seems to be a threshold beyond which human beings feel the need to find their loved ones, their bearings, a semblance of return.  There are obviously exceptions, those people who have been on the road for so long that they themselves seem not to know how to get back.


 But for the average backpacker, there are low tides.  This can happen on the first day of the trip, when the novice is seized by doubt, or after a few months, when a deep fatigue has set in, which repeated and prolonged breaks cannot dispel.


 The symptoms can be varied: fatigue or mental weariness, an increasing inability to appreciate what previously fascinated us, physical pain or discomfort that does not subside, a tendency to give in to discouragement or to see small inconveniences as insurmountable.


 Described this way, it might sound like symptoms of minor depression.  And it’s not wrong to see similarities there, I think.  I am by no means an expert in mental health, but I dare to think that this weariness is perhaps a manifestation of the prolonged absence of reference points.


 That said, we should first agree on what the trip represents.  For some, it is simply an exploration, discoveries, encounters.  For others, the fulfillment of a dream.  For still others, it is an opportunity to surpass themselves or to know how far they can go.


I will just present what I know.  I travel because I always wanted to, that’s all.  I have boundless curiosity.  Then obviously comes the need to make this trip last to get everything I can out of it.  Casually, I have just listed the three reasons to travel stated above.  Duration is therefore an essential condition for me.  And to last, we must manage to overcome obstacles, difficulties, doubts, pain.


 The idea for this post didn’t come out of nowhere.  I wouldn't have seriously asked myself this question at the start of the trip.  If I ask it now, after almost 6 months of travel, it is because I have experienced moments of doubt, often following events.  Most of the time, a little rest or a conversation with loved ones allowed me to see things in a different light and get going again.


 The way you travel, organize your daily life, and plan your upcoming stages undoubtedly also plays a big role.  Personally, I am of a nature that is both disorganized but who feels reassured to know what awaits me.  I chose to travel without much preparation, without itinerary, discovering over the days and meetings the path to take.  On paper, it sounds attractive and idyllic.  For me, it’s a constantly renewed mental challenge.


 But I'm learning.  I deal with the anxiety of not knowing where I will sleep at night, for example.  I am starting to trust my lucky star, which to date has never let me down.  Plus, I carry my little house with me.  I have everything I need for camping and cooking, plus some food.  So, in theory, nothing bad can happen to me.  Everything has gone well so far, and this is slowly reassuring me.  This is a big change for me.


 Another factor of uncertainty is health.  I left after almost a year of medical consultations and repeated examinations.  The causes and diagnoses are diverse and evolving.  I left anyway, and despite the advice of certain doctors, because if I didn't leave now, after these years of waiting and delays, I risked never leaving.  In fact, for me, it was a determining factor: I had to leave as quickly as possible, BEFORE my health deteriorated.  I am 64 years old, I have never experienced a serious health problem, but I was confronted with a reality: if it can happen at any time in life, it is true that  Risks increase with age, whatever we think.  Moreover, the companies that are willing to insure us do not fail to remind us, and, past a fateful threshold, it becomes impossible to obtain coverage for an extended trip, especially if you are already declared at risk.  


I said above that the purpose of the trip can certainly affect when weariness arises and how to deal with it.  In my case, it was largely the look and encouragement of those close to me that allowed me to start again.  A few weeks ago I had to choose whether to extend the trip or not.  I had decided on a return date when I bought my plane tickets, while giving myself every possibility of changing it.  By coming to Morocco, which was not in my vaguely stated plans at the start of the trip, I was not just setting foot on another continent.  I was also taking a step towards another stage of the journey, I dared to look towards a much more distant horizon.  My family's advice helped me make this decision, because I felt a bit of guilt about being away from them for so long.


 Without realizing it, I was also demonstrating that my appetite for discovery was stronger than the need to know what will happen tomorrow.  Venturing into Africa means agreeing to plunge into a vast unknown.


 In the end, I still had to make a decision based on several factors.  One of them, the most difficult to admit for the stubborn person that I am, is that I must take serious care of my health and work with my doctor to find a lasting cure.  It's difficult to fully enjoy the trip - and life in general - knowing you're on borrowed time.


 But what was decisive in my decision-making was the state of my finances.  I admit that I had misjudged certain needs.  My (slight) material and health setbacks during the trip ended up costing me much more than expected.  I also realized that I love exploring cities, and that discovering the history and culture of a people is not accomplished by constantly sleeping under the stars.  My need to meet people and be around other humans has also increased.  So all of this turned out to be more expensive than I anticipated.  I was quickly reaching the end of the financial resources that I had allocated to myself.  I would have the possibility of drawing on other savings, very meager and reserved for my old age, but the little wisdom I have left prevents me from doing so.


 So I split the pear in two: I tightened my budget in order to make it last as long as possible.  In doing so, I was able to postpone my return by 3 months.


 Two weeks after making this decision, it seems like my outlook has changed.  I see a return, certainly, but I find myself thinking about the next trip, something that seemed impossible to me before.  When I left, I refused to think about returning.  I was burning bridges.  I had experienced things over the last few years that had destroyed my plans.  I no longer wanted a future.  I had staked everything on this trip and no longer expected anything else from life.  This journey will therefore have been a healing, in a way.


 I learned a lot from this trip.  On the world, on people, on peoples.  But above all, on myself, probably much more than I think.  Among other things, I am now able to see further than before.


 To tell the truth, my horizons have broadened.  And I may have answered the question at the beginning at the same time.  By knowing and recognizing myself, by reaching out to the world, I learned where my home was.  This is the place from which I prepare to leave.