jeudi 7 décembre 2023

Où seras-tu demain?


Dans mon dernier billet, j'évoquais l'idée qu'on puisse se sentir prêt à partir lorsqu'on avait enfin l'impression de mériter le monde, d’y avoir une place. 


Les questions de cet ordre se bousculent, évidemment, lorsqu'on entreprend un voyage en solitaire avec tous les défis et les compromis que cela comporte. 


  • Où vais-je ?


  • Où est-ce, "chez moi"? Elle est où, ma maison? Existe-t-il, cet endroit que je pourrai un jour appeler chez moi?


J’ai parfois l’impression d’être en transit depuis toujours, en quête de ce lieu. Mais ce que je cherche vraiment, je ne saurais le dire.


Est-on quelqu'un si on n’habite nulle part?


Est-ce que le voyage a la même signification pour celui qui sait où il va que pour celui qui est sans maison?


Est-ce que la maison doit être un lieu?


Peut-on avoir une maison et ne rien posséder? Peut-on être riche sans avoir de port d’attache?


Certains, qui ont tout, sentent le besoin de tout quitter alors que d'autres, qui n'ont rien, n'aspirent qu'à s'enraciner.


Est-ce qu'on s'appartient plus quand on a un chez-soi? Ou est-ce que le fait de s'appartenir nous permet d'être chez soi partout?


Peut-on appartenir partout? 






Un jour, alors que je venais d'arriver à Dublin (ma deuxième journée dans cette ville, je crois), j’ai connu une journée productive qui m’a laissé avec un sentiment de plénitude. J’avais l’impression d’avoir achevé une quête. Je me sentais en pause, au repos. Pourtant ce que j’avais obtenu était bien matériel, donc périssable, éphémère. Mais j’y avais tellement passé de temps, consacré tellement d’énergie que c’était presque devenu une obsession, et en cela, une recherche qui occupait mes pensées et mes sentiments. Il est bien naturel alors que la fin de cette quête puisse procurer un sentiment d’accomplissement. Est-ce que ces petits bonheurs futiles sont moins importants que la “Grande Quête”? Est-ce si important d’arriver à trouver ce bonheur ultime? Existe-t-il vraiment d’ailleurs? Si on le trouve, que se passe-t-il ensuite?


Il n’est pas rare que l‘accomplissement d’une quête, petite ou grande, laisse la place à un sentiment de vide. Est-ce le signe que ce qu’on cherche (et trouve) ne se trouve nulle part ailleurs qu’à l’intérieur de nous?


Le voyage, si on le voit comme une quête, c’est donc ceci: la recherche de quelque chose qui se trouve déjà à l’intérieur de soi. Pourquoi faut-il alors partir, parcourir le monde, pour trouver ce qu'on a déjà?


Certaines personnes ont peur de partir, de la route. Peut-être ont-elles peur de perdre ce qu'elles pensent avoir trouvé? Il n'y a rien de mal à ne pas sentir le besoin de prendre la route. Si on a tout ce dont on a besoin, si on a déjà l'enracinement qui nous donne la force de grandir, pourquoi partir, en effet. 


Les raisons qu'on se donne par ailleurs - voir le monde, découvrir d'autres cultures - ne justifient pas toujours le coût du voyage - en efforts, en ressources, en inconforts.


Et pour ceux qui partent, qui entreprennent cette quête, le retour peut aussi poser un risque. On peut espérer revenir et être transfiguré. On peut s'imaginer que notre vie s'en trouvera transformée. On peut croire que le monde nous attend pour nous offrir ce qu'on a toujours mérité. 


Évidemment, les retours ne se passent pas ainsi et la déception est souvent amère. Le monde n'aura pas changé pendant notre absence, et après quelques jours, une fois l'allégresse du retour retombée, tout reprend sa place. Cette place qu'on n'a plus, qu'on n’a peut-être jamais eu, il faut alors apprendre à la trouver. C’est comme si tout ce qu'on a vécu n'avait pas de sens dans la banalité du quotidien. 


Toutes ces questions n'ont peut-être pas de réponses, après tout.



Ceci étant dit, je viens de passer une semaine avec ma fille qui est venue me rendre visite. Et je crois bien que dans mon cas - parce qu’il faut le dire, il n’y a pas de réponse absolue et universelle à ces questions - pour moi, donc, la maison se trouve avec ceux que j’aime. C’est aussi simple que cela.









jeudi 9 novembre 2023

Nul n'est une île




(ENGLISH FOLLOWS)


Les voyages, on le sait, offrent des occasions de rencontres. Celui-ci, bien plus que je ne m'y attendais.

Le thème de l'île me revient encore une fois, et je trouve qu'il est particulièrement pertinent. En fait, si on s'y attarde, on se rend compte qu'il s'agit d'une belle analogie de la condition humaine. "Nul n'est une île" (titre original: No man is an island) est un livre du moine américain (né en France) Thomas Merton, paru en 1955. " Nul n'est une île, en soi suffisante. Tout homme est une parcelle de continent, une partie du tout". Ce titre et plusieurs citations de ce livre me reviennent périodiquement à l’esprit depuis que je l’ai lu il y a plus de quarante ans. Personne ne pourra jamais prétendre se suffire à lui-même. Chacun dépend des autres, de la collectivité, autant s'y faire et y participer de bon cœur. Depuis le début de ce voyage, j’y pense constamment, au fil des jours.

Adolescent et jeune adulte, j’étais renfermé, reclus, asocial. C’est le cas de beaucoup de jeunes. Puis, avec les années, j’ai lentement compris que ce que j’avais, ce que j’étais, je le devais à d’autres humains. Rien de ce que j’avais acquis ou réalisé n’aurait pu se faire sans la présence de certaines personnes dans ma vie à certains moments. Peut-être que c’est une des motivations qui m’ont poussé à entreprendre ce voyage. J’ai maintenant le sentiment d’appartenir au monde et d’avoir le droit d’aller à sa rencontre. 

Admettons donc que les voyages soient propices aux rencontres. Cela a tellement été dit qu’on n’oserait pas le mettre en doute. Mais si on y regarde de plus près, les occasions de rencontres ne sont pas plus nombreuses ni plus faciles que dans la vie routinière et sédentaire à laquelle nous nous soumettons. Le simple fait de franchir la porte de la maison ne suffit pas à nous transformer ainsi. Nous restons dans une large part fidèle à notre nature profonde. Le bout-en-train désire toujours se faire des amis et le timide reste aussi réservé. 

Certaines personnes - j'en vois fréquemment - voyagent tout en restant bien ancrées dans leur bulle. Ce n'est pas un phénomène nouveau, qu'on pourrait croire nourri par la culture numérique. Dans les années 1980, j'avais observé le même phénomène. Quand je disais que le voyage est un microcosme de la condition humaine…

D'un autre côté, on a ceux qui parlent à tout le monde, qui se mêlent de toutes les conversations. Ceux-là sont des accélérateurs sociaux, des catalyseurs de rapprochements. Ils peuvent en agacer quelques-uns, mais ce sont eux qui vont souvent être à l'origine de grandes discussions auxquelles chacun se sent invité et qui perdurent tard dans la soirée. 

Quelque soit notre nature, le fait d'être dans un élément étranger nous rend plus perméable, voire vulnérable - d'où le besoin de se protéger qu'éprouvent certains. Mais on peut choisir une autre voie, celle de l'ouverture. On découvre alors que ce qui s'ouvre à soi n'est pas si désagréable, et ça devient de plus en plus facile. Chaque occasion de changement nous permet de grandir, c'est assuré. 

Dès qu’on laisse la porte entr’ouverte, tout s'enchaîne. Il suffit d’un sourire, d’un geste d’appréciation. Les autres viennent vers nous. Ils sont curieux, veulent savoir ce qu'on fait, d'où on vient. Certains offrent de l'aide, des conseils. Si on s'avance soi-même, qu'on demande notre direction par exemple, c'est encore mieux.

Je disais que je suis plutôt réservé de nature. Je ne vais pas aborder les autres de façon spontanée. Je pensais donc, en entreprenant ce voyage, que les rencontres allaient être difficiles et laborieuses, que j'allais devoir constamment aller au-delà de moi-même pour rejoindre les autres. Ce n'est pas du tout le cas, et c'est pourquoi je dis que ce voyage va au-delà de mes attentes. On m'aborde plus souvent que l'inverse, et lorsque je le fais, c'est facile et presque naturel. Évidemment je suis un touriste et cela paraît. Ma relation avec les autres est un a priori. Je profite donc de cet avantage. Et je découvre que beaucoup de gens désirent aider et accueillir. 

Par ailleurs, j'ai souvent fait appel à des hôtes du réseau de partage Warmshowers, qui met en relation les cyclistes qui voyagent et ceux qui désirent les accueillir. Ce type d'accueil, entièrement gratuit et basé sur la générosité et l'échange d'intérêts, est totalement différent de ce qu'on peut attendre d'un aubergiste ou d'un établissement commercial. De ces approches, j'ai gardé de nombreux contacts qui m'ont enrichi.



Au bout du voyage, il restera entre autres ceci: les rencontres qui m’auront transformé un peu, les personnes dont je conserverai le souvenir, de nouvelles amitiés. Surtout, j’aurai gagné une confiance et un respect envers les humains qui m’ont fait beaucoup défaut ces dernières années.




No Man is an Island.


Travel offers excellent opportunities to meet others. And on his trip, even more so than I expected.

The island theme keeps haunting me, it seems, but I find it especially relevant. It offers a good metaphor on the condition of human life. “No Man is an Island”, by the American Trappist monk and author Thomas Merton, was published in 1955. 


-”No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main”.


The title of this book, which I kept as a bedside reading several years ago, keeps coming back into my thoughts, even after more than forty years. No one can really pretends being self-sufficient. We each depend on others, whether we like it or not. Better make the most of it. From day one of this trip, this thought was ever present on my mind.

In my teen years, I was the typical reclusive and unhappy outcast. It took me several years, decades of love, friendships, parenting, losses, hardships and joys to finally understand what I was owing to society, to communities, to groups, whether I had chosen to be part or not. I must say that I had one thing playing for me: a tremendous curiosity and an inclination to say yes to new experiences that balanced well, in times, my natural cautiousness. Having realized that I, while being unique, had been shaped by my relation to the world, after all, I felt that I belonged in it and was welcomed to go out and embrace it. Hence this trip, which could be qualified as a rebirth.

So let’s admit that traveling creates opportunities for meeting people. It’s a consensus that’s widely accepted, without a doubt. But if we look at how meetings occur, those opportunities are not, in fact, multiplied by the mere fact of being on the road, away from the constraints of daily humdrum. Stepping out does not make us different. We generally stay true to our nature. The outgoing still stands out and the timid remains discreet.

Some - the most part, I’d say - travel while staying deeply in their bubble. It’s nothing new and has not to do with the digital world we live in. It struck me when I began traveling, in the early 1980’s. Travel IS a microcosm of society…

On the other hand, there's the ever sociable, who talks to everyone, of whom everybody wants to befriend. Those are real catalysts, and social interactions occur often because they make everybody at ease. Barriers fall off.

Maybe it’s the keyword: barriers. Each and everyone has its own set of protections. It’s a standard, natural and necessary occurrence of social life. But it seems to me that they are more easily removed when we travel. It’s as if we had already shifted to a more open, if not to say vulnerable, state of mind when stepping into strange land. Some are understandably more reluctant to let go, it can be intimidating and the self protection reflexes can kick in strongly. But if we decide to leave a crack in the door, it rapidly widens and everything becomes easy. Nothing poses a real danger, and the outcomes are much more positive than anticipated. 

It takes as little as a smile, a gesture of acknowledgement, and people come to us. They are curious, they offer encouragements, advice. They ask where we’re from, where we're going next. They’re admirative. 

As I said before, I’m not the outgoing type. I don’t talk to others spontaneously. Because of that trait, I was apprehensive. I thought it would be a struggle to talk to people. On the contrary, I quickly realized it to be much easier than I had anticipated. I have strangers approaching me more often than the opposite, and when I do, it becomes almost natural to me. Of course, being obviously a tourist has its advantages. 



I also met a good bunch of people as hosts of the Warmshowers community. It exists to put in relation cyclists who travel and those who wish to host them. It’s entirely free and based on good will, so the ones you meet are generally open, curious and good natured. It’s completely different from the relationship you’d have through a commercial accommodation, and I have made good contacts and a few friends through that network.

At the end of this trip, the main outcome will be this: meetings that will make me a better person, memories, friendships. More importantly, a new respect and confidence towards humans. That can be sparse these times. 



samedi 7 octobre 2023

On ne connait bien que ce qu'on habite




(English follows)


Octobre. Je reviens des îles, encore une fois. Pas les mêmes îles. Pas la même expérience. Pas la même intensité. Pas le même sentiment. 


Je n’irai pas jusqu’à dire que ce séjour dans les Hébrides Occidentales fut à l’opposé de celui dans les Orcades. Ce fut totalement différent, c’est tout, pour toute une série de raisons. Et ce que j’en retiens, surtout, c’est qu'on ne peut pas connaître du fait d'une seule bonne ou mauvaise impression. Ma compréhension de la vie insulaire sera maintenant un peu plus riche qu'avant, sans évidemment valoir celle de ceux qui y vivent.


L’isolement qui fait des îles un refuge contre les pressions sociales peut devenir une prison. Les caprices de la mer et la colère du vent sont de puissants freins aux déplacements. On ne mesure pas sa liberté face à une nature trop grande pour soi.






Mais on le dit souvent, c’est dans l’adversité que les êtres se rapprochent. Dès le premier soir, lorsqu’il a été question d’annulations de traversées et de l’approche de tempêtes, j’ai senti comme les autres le désir d’entraide et de partage. Le simple fait d’être soumis à une situation potentiellement risquée fait ressortir chez l’humain des comportements latents. Certains, mais c’est rare, seront portés à abuser de la situation de différentes façons. C’est l’exception. L'humain est après tout un animal social, et les obstacles et barrières qu’il érige pour se protéger ne demandent qu’à tomber dès que cela est justifié.






C’est une leçon que je n’aurais pas pu apprendre dans un autre contexte. Aucun de nous n’a jamais été en grand danger, et il faut relativiser les choses, mais j’ai bien senti ce que devaient vivre les habitants de ces îles par le passé, et ce qui les forçait à s’unir pour résister et pour lutter. C’est bien de ces îles que sont originaires les clans les plus forcenés d’Écosse!







La beauté sauvage de ces lieux n’a d’égale que la puissance et l’hostilité des éléments. En 1900, sur les ilôts Fannan, une tempête a emporté les trois gardiens du phare. Les vagues s’étaient élevées au-dessus des côtes de l’île, à plus de 60 mètres, et avaient tout arraché.

Une autre île isolée, St. Kilda, pourtant habitée depuis plus de 4000 ans, a été en 1930 évacuée de sa communauté placée face à de graves enjeux de survie. Mon petit "exploit" - parcourir les 300 kilomètres de la Hebridean Way du nord vers le sud (donc par vents contraire) et les quelques difficultés rencontrées sont donc relativement mineurs.






En Écosse j’espérais pouvoir assister à des sessions de musique. Malheureusement les occasions ne se sont pas présentées. Jusqu’à ce que j’arrive dans les Hébrides. En fait, dès la veille de la traversée, à Ullapool, alors que je me promenais dans les rues du village, je suis tombé sur un concert de musiciens locaux dans la cour d’un pub. Un mélange de folk, de punk-rock et de bluegrass que j’allais reconnaître plus tard comme étant une couleur locale très forte. Évidemment, cela s’enracine dans la musique celtique traditionnelle. 


C’est presque un cliché de le dire, mais dans la plupart des communautés qui vivent de l’isolement, la musique joue un grand rôle dans le rapprochement des gens. C'est une joie, un réconfort que l’on peut partager. À Stornoway, dans l’auberge où j’ai passé deux jours en attendant que la météo me permette de rouler, il y avait une guitare au salon. Tous les soirs nous avions le plaisir d’entendre quelques airs. C’est là aussi qu’on m’a fait connaître quelques groupes locaux. Je joins des liens à la fin de ce texte.


Puis, l’avant-dernier soir de mon séjour, dans une petite auberge rustique de bord de mer, un voisin est débarqué tout bonnement avec ses instruments et une bouteille de vin. Sur une tablette traînait un bodhrán (tambour irlandais), et nous avons discuté, joué, chanté et bu toute la soirée. Cela n’aurait pas pu mieux conclure la semaine. Le lendemain, j'ai roulé les derniers kilomètres les jambes un peu lourdes mais le cœur léger.










https://open.spotify.com/intl-fr/artist/1UzKSuyOqKgUupcNNEtnF1?si=25KLN4QiRHClM246eE9frw






How can you know something if you've only experienced the good part? I'm back, again, from the isles. After the Orkney, I had read and heard about neolithic remains in the Outer Hebrides and was curious to see those islands reputedly harsh and wild.







They were up to the reputation. Although I managed to stay within my schedule, I had to give up a lot of visits I'd wanted to make. The rain made it impractical to stop and admire the scenery, and the wind had me fighting constantly, with no spare time to stop en route. Only on the second and last day did I squeeze a couple of stops at historical sites along the way, because that was the main motive of this trip to the Hebrides and I wanted to bring back something other than the misery of trying to race to the next ferry against a 60 miles per hour headwind while drenched to the bones.


Some of the ferries couldn't sail, either because of mechanical faults or bad weather, so it was a cat-and-mouse game between uncertain timetables and finding lodging each night along the way. Fortunately, the spirit in the hostels I stayed at was very good and all were eager to help and share tips and tricks and the latest infos when the internet was available. I learned about a small group of hostels run by a non- profit organization - the Gatliff Trust - that saved me from sleeping outside. In the Islands, wild camping is pretty unconvenient when most of the land is boggy moor.


It was really great to experience this feeling of belonging. In times of challenges, people tend to stick together.


I don't mean to pretend that we were in danger. It was a mere disturbance. The inhabitants of these islands have made severe hardships their daily life. In December 1900, during a storm, all three lighthouse keepers on the Fannan Islands were swept out by a monster wave that ripped the land 60 meters above the sea. And in 1930, the last occupants of St. Kilda, 40 miles off the Isle of North Uist, were evacuated because they were facing extinction, although the island had been inhabited for 4000 years.




Music is one thing that helps bring people together. It's a strong social cement. So far, in Scotland, I hadn't had the chance to go to any music session. Until the night before crossing to the Hebrides, in Ullapool, when I wandered into the yard of a pub where local musicians were performing. They played a mix of traditional celtic, country and punk-rock, a blend that seems a standard in the celtic world. It reminded me of The Pogues, a band I was fond of.


Then, in the various hostels I stayed in during my week in the islands, music was always somehow present, sometimes in conversations, or because someone had grabbed the omnipresent guitar for a few tunes. One evening, in a small, isolated hostel, a neighbor showed up with a few instruments and a bottle of wine. We drank, played and sang well into the night. My wish had been granted!


The following day, my legs were heavy but my spirit was light!








dimanche 24 septembre 2023

Orcades





 

(English will follow)

Stromness, îles Orcades, le 20 septembre 2023


J’ignore ce qu’il y a dans l’air des îles, mais ça a un effet calmant et relaxant. D’ailleurs, je comprends maintenant que quand on parle du rythme de vie des insulaires, on ne fait pas seulement référence aux îles du Sud. Je crois que dans les îles, nous sommes forcés de s’adapter à ce que la mer impose: les marées, les traversées, la météo. Inutile de se presser, tout arrive quand la mer le décide, et pas avant!


J’ai donc bien fait de venir et je comprends ceux qui choisissent de vivre dans l’isolement relatif d’une île. D’ailleurs on y est rarement seul: les communautés y sont tissées serré, les liens sont forts et fidèles. On y perçoit le sentiment d’appartenance qui unit les gens. 


Je repartirai demain apaisé, reposé, renforcé dans mes choix, plus sûr de moi, solide même si solitaire. 


Je disais avant de venir que j’ai toujours aimé l'atmosphère des îles des lieux qui donnent sur la mer. Je sais maintenant pourquoi. C’est pour la même raison que j’aime devoir prendre un bateau pour me rendre au travail. Parce que j’ai besoin que quelque chose d’impossible à contrôler s’impose à moi. C’est un antidote à la dictature du temps, à l’organisation au quart de tour que la société nous impose.

J’aime donc que la mer s’impose, mais soyons clair: la mer me fait peur autant qu’elle m’attire. C’est une peur viscérale. Personne n’a jamais conquis la mer. Je pense qu’on peut seulement vaincre, momentanément, la peur qu’on en a…





Je ne suis resté que deux jours dans les Orcades, mais voici ce que j’ai vu et appris: 


-Des gens y vivaient déjà il y a plus de 5000 ans. Ils cultivaient la terre, élevaient du bétail, vivaient en communauté et bâtissaient des monuments funéraires et de culte. C’était le bout du monde connu de l’époque, et pourtant ces gens avaient choisi de s’y établir! Même les plus petits îlots étaient habités.




-J’ai beau aimer la mer et le vent, il y a certains jours où je n’aurais pas voulu être en camping!


-Les gens sont très gentils et accueillants, mais je pense qu’ils sont contents lorsque les touristes repartent.


-Où que se pose le regard, c’est pour être ébloui.





-Les îles sont des repaires d’artistes. Il doit y avoir une raison.


-Il existe un puits près de mon hôtel où les navires venaient se ravitailler en eau fraîche avant les grandes expéditions. La Compagnie de la Baie d’Hudson, le capitaine James Cook, l’Erebus et le Terror de John Franklin avant leur fatale exploration du passage du Nord-Ouest…






-Cet hôtel, construit en 1901, est resté inchangé. On se croirait dans un décor de cinéma. Ou de roman improbable.




-Il existe dans Stromness des tas de petites allées avec des noms comme Free Kirk’s View, The 44 steps et Khyber Pass. Il y a assurément un fonctionnaire qui fait preuve de fantaisie!





-Les Écossais n’aiment pas les Anglais, les Highlanders n’aiment pas être confondus avec les autres Écossais et les Orcadiens sont… d’ailleurs!


-Je suis entré dans une boutique d’artisanat africain (A Touch of Africa) tenue par un Écossais. Je dois aller en Afrique!


-Nous sommes à la rencontre de la Mer du Nord et de l’Océan Atlantique Les vents sont rois et maîtres.




-Certaines îles ont des profils bas et des côtes en pentes douces qui se fondent dans la mer. D’autres s’élèvent haut et ont des falaises abruptes contre lesquelles la mer se déchaîne. La mer est toujours en bataille contre ce qui se dresse devant elle.






-Il y a toujours deux types d’insulaires: ceux qui y sont nés et ceux qui y viennent par choix. Et ceux-là viennent de partout.







Stromness, Orkney, September 20th 2023


I went to the Isles, and I'm so glad I did! I had some setbacks the last few days (first I lost my phone connection for several days, then my phone was drowned altogether and no longer worked) that made it difficult for me to plan some crucial details of the trip - like booking a traverse on the ferry and a place to sleep on the islands. Fortunately, I have my little laptop and I managed to organize a stay on the Orkney for a couple of days. I was a little stressed out, nevertheless, and I was unsure for the rest of my trip.


There must be something in the air on an island, really. It's calming. After a couple of hours I could feel the anxiety being washed off. And I now know what we mean when we talk about the island life. It doesn't just refer to the Carribeans or other southern destinations. It applies to any island. I believe that on an island, everyone is at the sea's mercy, and has to adapt his or her expectations accordingly. The tides, the boats and ferries arrivals, the weather, the sea is the master of it all! It's humbling, and I understand those who choose this life, even if it's at the cost of some remoteness. Anyway, the community feeling is strong, and I don't think you can feel lonely for very long. 


I've always loved the islands beat. I understand now what I like so much. this humility that the sea imposes on you, that you have to accept, is an antidote to the tyranny of time, to the constant pressure of society where everything is clocked. To have been able to escape from it, even for only a few hours, procured me rest. Now I feel resourced and stronger. 


I love the strength of the sea, but at the same time it terrifies me. I think nobody can ever vanquish the sea. You can only control the fear that you have. 


I was on the Orkney only two days, but I learned a few things:


-People were living here over 5000 years ago. They harvested the land, raised cattle, lived in community and built monuments at a period when the Pyramids had still to rise from the ground! This was the end of the known world at the time, still it had been inhabited for a long time already.





-The island peoples are among the sweetest and most generous that I’ve encountered. Still I’m sure they are happy when tourists go home.


-Wherever you lay the eye, it is to be raptured.






-Artists abound on any island. There must be a good reason. 


-There’s a well near the hotel where I stayed where ships would stock up on fresh water before expeditions. The Hudson’s Bay Company from 1671 ,Captain James Cook vessels, John Franklin’s Erebus and Terror prior to their fateful voyage, among them.


-The said Stromness hotel, built in 1901, remains as it was then, it seems. It feels like a film set or the decor for an improbable novel.





-The Scots aren’t particularly fond of the Englishes. Highlanders don’t like to be mixed up with the rest of the Scots and Orcadians are just totally unique!


-This is where the North sea and the Atlantic ocean meet. This is where the great winds blow!


-Some of the islands have low profiles and shores descending gently into the sea. Others rise high up with cliffs against which the waves are fierce. It’s like if the sea was always going to battle with whatever gets up in front of it. 





-There’s always two kinds of islanders: The ones who were born there and those who came by choice. These come from everywhere.