dimanche 24 septembre 2023

Orcades





 

(English will follow)

Stromness, îles Orcades, le 20 septembre 2023


J’ignore ce qu’il y a dans l’air des îles, mais ça a un effet calmant et relaxant. D’ailleurs, je comprends maintenant que quand on parle du rythme de vie des insulaires, on ne fait pas seulement référence aux îles du Sud. Je crois que dans les îles, nous sommes forcés de s’adapter à ce que la mer impose: les marées, les traversées, la météo. Inutile de se presser, tout arrive quand la mer le décide, et pas avant!


J’ai donc bien fait de venir et je comprends ceux qui choisissent de vivre dans l’isolement relatif d’une île. D’ailleurs on y est rarement seul: les communautés y sont tissées serré, les liens sont forts et fidèles. On y perçoit le sentiment d’appartenance qui unit les gens. 


Je repartirai demain apaisé, reposé, renforcé dans mes choix, plus sûr de moi, solide même si solitaire. 


Je disais avant de venir que j’ai toujours aimé l'atmosphère des îles des lieux qui donnent sur la mer. Je sais maintenant pourquoi. C’est pour la même raison que j’aime devoir prendre un bateau pour me rendre au travail. Parce que j’ai besoin que quelque chose d’impossible à contrôler s’impose à moi. C’est un antidote à la dictature du temps, à l’organisation au quart de tour que la société nous impose.

J’aime donc que la mer s’impose, mais soyons clair: la mer me fait peur autant qu’elle m’attire. C’est une peur viscérale. Personne n’a jamais conquis la mer. Je pense qu’on peut seulement vaincre, momentanément, la peur qu’on en a…





Je ne suis resté que deux jours dans les Orcades, mais voici ce que j’ai vu et appris: 


-Des gens y vivaient déjà il y a plus de 5000 ans. Ils cultivaient la terre, élevaient du bétail, vivaient en communauté et bâtissaient des monuments funéraires et de culte. C’était le bout du monde connu de l’époque, et pourtant ces gens avaient choisi de s’y établir! Même les plus petits îlots étaient habités.




-J’ai beau aimer la mer et le vent, il y a certains jours où je n’aurais pas voulu être en camping!


-Les gens sont très gentils et accueillants, mais je pense qu’ils sont contents lorsque les touristes repartent.


-Où que se pose le regard, c’est pour être ébloui.





-Les îles sont des repaires d’artistes. Il doit y avoir une raison.


-Il existe un puits près de mon hôtel où les navires venaient se ravitailler en eau fraîche avant les grandes expéditions. La Compagnie de la Baie d’Hudson, le capitaine James Cook, l’Erebus et le Terror de John Franklin avant leur fatale exploration du passage du Nord-Ouest…






-Cet hôtel, construit en 1901, est resté inchangé. On se croirait dans un décor de cinéma. Ou de roman improbable.




-Il existe dans Stromness des tas de petites allées avec des noms comme Free Kirk’s View, The 44 steps et Khyber Pass. Il y a assurément un fonctionnaire qui fait preuve de fantaisie!





-Les Écossais n’aiment pas les Anglais, les Highlanders n’aiment pas être confondus avec les autres Écossais et les Orcadiens sont… d’ailleurs!


-Je suis entré dans une boutique d’artisanat africain (A Touch of Africa) tenue par un Écossais. Je dois aller en Afrique!


-Nous sommes à la rencontre de la Mer du Nord et de l’Océan Atlantique Les vents sont rois et maîtres.




-Certaines îles ont des profils bas et des côtes en pentes douces qui se fondent dans la mer. D’autres s’élèvent haut et ont des falaises abruptes contre lesquelles la mer se déchaîne. La mer est toujours en bataille contre ce qui se dresse devant elle.






-Il y a toujours deux types d’insulaires: ceux qui y sont nés et ceux qui y viennent par choix. Et ceux-là viennent de partout.







Stromness, Orkney, September 20th 2023


I went to the Isles, and I'm so glad I did! I had some setbacks the last few days (first I lost my phone connection for several days, then my phone was drowned altogether and no longer worked) that made it difficult for me to plan some crucial details of the trip - like booking a traverse on the ferry and a place to sleep on the islands. Fortunately, I have my little laptop and I managed to organize a stay on the Orkney for a couple of days. I was a little stressed out, nevertheless, and I was unsure for the rest of my trip.


There must be something in the air on an island, really. It's calming. After a couple of hours I could feel the anxiety being washed off. And I now know what we mean when we talk about the island life. It doesn't just refer to the Carribeans or other southern destinations. It applies to any island. I believe that on an island, everyone is at the sea's mercy, and has to adapt his or her expectations accordingly. The tides, the boats and ferries arrivals, the weather, the sea is the master of it all! It's humbling, and I understand those who choose this life, even if it's at the cost of some remoteness. Anyway, the community feeling is strong, and I don't think you can feel lonely for very long. 


I've always loved the islands beat. I understand now what I like so much. this humility that the sea imposes on you, that you have to accept, is an antidote to the tyranny of time, to the constant pressure of society where everything is clocked. To have been able to escape from it, even for only a few hours, procured me rest. Now I feel resourced and stronger. 


I love the strength of the sea, but at the same time it terrifies me. I think nobody can ever vanquish the sea. You can only control the fear that you have. 


I was on the Orkney only two days, but I learned a few things:


-People were living here over 5000 years ago. They harvested the land, raised cattle, lived in community and built monuments at a period when the Pyramids had still to rise from the ground! This was the end of the known world at the time, still it had been inhabited for a long time already.





-The island peoples are among the sweetest and most generous that I’ve encountered. Still I’m sure they are happy when tourists go home.


-Wherever you lay the eye, it is to be raptured.






-Artists abound on any island. There must be a good reason. 


-There’s a well near the hotel where I stayed where ships would stock up on fresh water before expeditions. The Hudson’s Bay Company from 1671 ,Captain James Cook vessels, John Franklin’s Erebus and Terror prior to their fateful voyage, among them.


-The said Stromness hotel, built in 1901, remains as it was then, it seems. It feels like a film set or the decor for an improbable novel.





-The Scots aren’t particularly fond of the Englishes. Highlanders don’t like to be mixed up with the rest of the Scots and Orcadians are just totally unique!


-This is where the North sea and the Atlantic ocean meet. This is where the great winds blow!


-Some of the islands have low profiles and shores descending gently into the sea. Others rise high up with cliffs against which the waves are fierce. It’s like if the sea was always going to battle with whatever gets up in front of it. 





-There’s always two kinds of islanders: The ones who were born there and those who came by choice. These come from everywhere. 





mercredi 13 septembre 2023

Partir, rester, partir...

(English will follow)


Après des années de délais et d'hésitations, le voyage est enfin devenu une réalité. Covid, déménagement, maladie... J'étais prêt à accepter tous les retards, obstacles, et empêchements, mais au bout du compte, mon objectif était devenu une but, une raison d'être, presque une obsession. 

Ma publication précédente sur ce blogue date de plus de trois ans. Les restrictions liées au Covid 19, incluant les interdictions de voyager, venaient de prendre effet. Je m’interrogeais sur les implications que tous les bouleversements que le monde vivait auraient sur le voyage et le tourisme dans l’avenir. J’’étais d’avis que les voyageurs avaient une responsabilité, les voyageurs en vélo particulièrement, de même que peut-être de nouvelles opportunités. Mon opinion n’a pas changé, et le style de voyage que j’adopte aujourd’hui la réflète.

Je suis donc parti le 12 août dernier, à destination de Londres. C'est tout ce que j'avais, une destination et un vol de retour: 8 février 2024, de Lisbonne à Montréal. Entre les deux, pas d'itinéraire précis, pas d'échéancier autre que celui imposé par les restrictions de séjour dans l'espace européen (toute l'Europe sauf le Royaume-Uni et l'Irlande). 

La première personne qui m'a hébergé grâce au réseau Warmshower m'a donné quelques conseils qui ont orienté les premiers jours et la direction générale à prendre. D'autres personnes rencontrées en chemin m'ont donné elles aussi des impulsions. Mon plan de départ, assez vague, consistait à me rendre rapidement en Irlande et à remonter pour ensuite traverser en Écosse. J'ai en fait décidé de faire le contraire, question de me retrouver dans le nord de l'Écosse avant les froids de l'automne.


Voilà tout juste un mois que je suis sur les routes et me voilà dans les Highlands. J’ai dépassé les 1300 kilomètres. J'arrive à Inverness demain. Dans 4 ou 5 jours, je serai à l'extrémité nord du pays (John o' Groats). Je compte prendre le traversier et aller passer 2 jours dans les Îles Orcades (Orkneys). Il parait que c'est à ne pas manquer pour un amateur d'histoire et d'archéologie.

Ensuite, je descendrai la côte ouest du pays, probablement par les Outer Hebrides. Je n'avais pas visité ces îles il y a dix ans, et le climat atlantique devrait y être assez doux. Mais je ne tiens rien pour acquis. Si le mauvais temps s'en mêle, je me donne la permission de changer de destination, d'échéancier, de moyen de transport. 

L'Angleterre n'a pas été facile. L'itinéraire que j'ai choisi m'a fait passer par une multitude de petites, pour ne pas dire minuscules, routes. Rien à redire là-dessus, je préférais éviter la grosse circulation. Mais je me suis également retrouvé à maintes occasions (presque chaque jour, en fait) sur de petits sentiers à travers champs et boisés. C'est très pittoresque, assez dépaysant, et moi, en bon curieux, j'étais assez intéressé à découvrir ces campagnes. Mais, immanquablement, il m'est souvent arrivé de devoir rebrousser chemin, de marcher en poussant mon vélo, ou de devoir le décharger de tous ses sacs pour le hisser par-dessus une barrière. Ces retards m'ont parfois empêché de bien prévoir où j'allais atterrir pour la nuit. C'est là que je me suis mis à recourir au camping sauvage. Pas facile dans un pays aussi densément peuplé de trouver un coin tranquille et discret, mais j'y suis toujours arrivé, la plupart du temps à la brunante (c'est toujours mieux pour éviter d'attirer l'attention).


J'ai ainsi découvert des endroits formidables auxquels je n'aurais pas pensé. Je me suis également découvert des ressources personnelles.

Je savais que la façon de voyager que j'avais choisie ne serait pas facile. J'ai besoin d'une certaine routine, comme la plupart des humains, j'imagine. La routine, c'est le confort. On n'a pas à se demander chaque jour ce qu'on va manger, où on ira, où on passera la nuit. Ces questions, jour après jour, peuvent être source d'anxiété et de stress. 


Je le savais, et c'est un peu pour tester mes capacités que j'ai décidé de le faire ainsi. Je sais que je peux être débrouillard, mais mes aptitudes à organiser et à prévoir sont limitées. De plus, je suis assez réservé, timide, et je ne vais pas facilement au devant des gens pour leur demander ce dont j'ai besoin.


Depuis que je suis en Écosse j'ai pris un second souffle. D'abord, les petits sentiers à travers champs, c'est terminé, il ne semble pas y en avoir ici. Et puis, il est beaucoup plus facile de trouver où planter sa tente. Le territoire est vaste et les sites sont magnifiques. Si la météo continue à être de mon côté, je compte bien l'apprécier.



Away!


I finally did it! I left for that long, once in a lifetime bicycle trip I had planned for years. The travelling mechanic is on the road. Ok, he will be his own mechanic. I have no intention of trying to find a job, I’m too busy pedalling. A month through the UK and I’ve pedalled over 1300 km. I’m now in the Scottish Highlands, in Inverness precisely. I plan to be in John ‘o Groats (the north tip of the country) in 4 or 5 days. From there I’ll visit some of the islands (Orkneys, Outer Hebrides) before crossing to Ireland.

The past years have been tough on this travel plan, as for anyone, I guess. After Covid, came the sale of our house and a move to another city, a new job, and finally illness, which kept me and all of my plans on hold. I was disappointed but serene. What can one do in that situation? 

But my determination was strong, I guess, and as soon as my doctors were done with me, I began seriously planning the details of my trip.

In my last post, just as Covid restrictions began, I had big interrogations about what the future of travel would be, as well as about our responsibilities were as travelers, as strangers. I still, more than ever, have these concerns in mind, each and every day. That’s part of the reasons I travel the way I do.

So I landed in mid-August in London. I have a return ticket from Lisbon to Montréal in early February. 6 months. For a number of reasons, that’s all I was allowed. Yet, I took every measure to be free to prolong, if I feel like it. I bought myself this freedom. I travel freely, and I have every intention to stay that way. Unless the unthinkable of course. In the back of my mind, the unthinkable always lies.


So about travelling, so far? England was hard. Most of it was on small, tiny country roads, often on bridle or foot paths which resulted in dead ends or me having to carry my bike and all of its load over gates. The north of the country had devilish climbs that had me push my bike. Sure, it was pretty, charming, and full of surprises, and I must admit that my own curiosity led me in most of these cases. But I enjoyed the architecture, the history, the people.


I purposely chose to adopt a nomad lifestyle that may induce some incertitudes or even anxieties on this trip. Not knowing where you’ll sleep, what you’ll eat or even when you’ll get somewhere, day after day, certainely isn’t something most people aim to as a life goal. You pay the price of freedom everyday. I am not a guy who’s at ease with this, neither do I have good organisational skills. I have to rely mainly on my good luck. It’s a challenge I wanted to take, to learn to live out of my comfort zone. But I’ll have more to say about this.


Scotland is a charm, so far. Tranquill roads, magnificent sceneries, ample spaces to camp in the wild, long, not too steep climbs, and I’ve been blessed with a weather even the locals can’t believe. 

Let’s see what I have to say about it in a few days…