vendredi 3 mai 2024

Gratitude

 




260 jours, plus de 8 500 kilomètres parcourus en selle. 6 pays traversés, arpentés, explorés. D'innombrables rencontres, toutes mémorables. Des découvertes culturelles, culinaires, historiques passionnantes. La surprise partout, le sublime, la beauté, des réalités dures et cruelles aussi parfois, à chaque détour. 

La découverte également d'une force, d'une détermination, d'une résilience, d’une patience et d'une tolérance dont je ne me croyais pas capable.

Je suis une éponge qui a absorbé 1000 fois son volume. Impossible de tout digérer sans en être transformé. C'était le but, mais je ne le savais pas.

Ce voyage, je l'ai voulu dans un premier temps en réaction à une série de pertes. Je ne voyais plus la pertinence de rester. Je n'avais plus de rôle à jouer et je voulais sortir de scène. 

Ça ne s'est pas fait tout seul. Confinement, maladie, retards divers ont compliqué les choses. Puis s'est produit un événement qui a tout changé. Un soir de décembre, lors du party de Noël de mon employeur, on faisait tirer des prix. Le grand prix, une carte-cadeau d'une agence de voyage, valait bien plus qu'un billet d'avion. Nous étions plus de 400 personnes. Je n'avais absolument aucune idée de ce qui se passait lorsque j'ai entendu mon nom. Puis les cris de mes collègues et amis m'ont fait réaliser.

C'est à partir de ce moment que ma détermination est devenue inébranlable. Je devais partir, quoi qu'il arrive.

Je ne suis pas superstitieux ni mystique, mais à plusieurs reprises, lors de ces 8 mois et demi, j'ai eu cette même conviction que j'étais assisté, guidé. C'était peut-être ma confiance nouvellement acquise qui se manifestait ainsi.

Au Maroc, pays qui n'était nullement sur mon itinéraire d'origine et que je ne connaissais pas, j'ai commencé à me faire appeler Rachid. C'était un nom plus facile à retenir pour les gens que je rencontrais. Puis j'ai appris que Rachid voulais dire “celui qui est bien guidé“.

J'ai été bien guidé, mais aussi appuyé, aidé et encouragé par ma famille, mes amis, mes collègues, ainsi que par un tas de personnes que je ne connaissais pas.

Cela a été ma plus grande force.

Merci, thank you, mòran taing, grma, choukran, gracias, obrigado.

 

mardi 30 janvier 2024

Horizons


English follows (translation thanks to Google)


Dans la dernière publication de ce blogue, je me suis beaucoup attardé sur la question: “Où est (ma) maison?”

Et en y repensant, une autre réflexion me vient à l’esprit. Une fois sur la route, d’où vient le besoin de continuer? Je sais que l’éternelle question “pourquoi voyage-t-on” a été posée mille fois, et je l’ai évoquée également sans vraiment y répondre. Mais il s’agit ici d'autre chose. 

On peut admettre que les questions du pourquoi partir et du comment revenir ont été résolues pour la plupart des voyageurs au long cours. Il reste, entre les deux, une équation parfois difficile à résoudre: comment poursuivre le voyage lorsque tout semble vouloir nous pousser à abandonner? À partir de quel moment la détermination, la résilience et l’endurance ne suffisent plus? À quel point doit-on s’interdire de renoncer? Où est le point de rupture, cet instant où on réalise que la flamme qui faiblit est sur le point de s’éteindre, et que toutes les beautés de la Terre ne suffiront pas à la raviver?

Je suis certain que tous les voyageurs vivent ce moment. D’ailleurs, j’ai lu il y a quelques années que pour un grand nombre, ce moment survient après environ 12 à 18 mois, mais souvent beaucoup plus tôt. Cela semble être un seuil au-delà duquel l’être humain ressent le besoin de retrouver ses proches, ses repères, un semblant de retour. Il existe évidemment des exceptions, ces personnes qui sont sur la route depuis tellement longtemps qu’ils semblent pour leur part ne pas savoir comment revenir.

Mais pour le commun des routards, il existe des creux de vague. Cela peut se produire au premier jour du voyage, lorsque le novice est saisi par le doute, ou après quelques mois, quand une profonde fatigue s’est installée, que les pauses répétées et prolongées n’arrivent pas à chasser.

Les symptômes peuvent être variés: fatigue ou lassitude mentale, incapacité croissante à apprécier ce qui nous fascinait auparavant, douleurs ou inconforts physiques qui ne s’atténuent pas, tendance à se laisser aller au découragement ou à voir les petits inconvénients comme étant insurmontables. 

Décrit ainsi, cela pourrait ressembler aux symptômes d’une dépression mineure. Et ce n’est pas faux d’y voir des similitudes, je pense. Je ne suis absolument pas expert en santé mentale, mais j’ose penser que cette lassitude est peut-être une manifestation de l’absence prolongée de repères.

Ceci dit, il faudrait d’abord s’entendre sur ce que représente le voyage. Pour certains, c’est simplement une exploration, des découvertes, des rencontres. Pour d’autres, l’accomplissement d’un rêve. Pour d’autres encore, il s’agit d’une occasion de dépassement de soi ou de savoir jusqu’où ils peuvent aller. 


Je vais me contenter de présenter ce que je connais. Je voyage parce que j’en ai toujours eu envie, voilà tout. Je suis d’une curiosité sans bornes. À la suite vient évidemment le besoin de faire durer ce voyage pour en retirer tout ce que je peux. Mine de rien, je viens d’énumérer les trois raisons de voyager énoncées plus haut. La durée est donc une condition, pour moi, essentielle. Et pour durer, il faut parvenir à surpasser les obstacles, les difficultés, les doutes, les douleurs.

L’idée de ce billet n’est pas sortie de nulle part. Je ne me serais pas sérieusement posé la question au début du voyage. Si je la pose maintenant, après près de 6 mois de voyage, c’est que j’ai connu des moments de doutes, souvent à la suite d’événements. La plupart du temps, un peu de repos ou une conversation avec des personnes aimées m’ont permis de voir les choses d’un autre œil et de repartir. 

La façon de voyager, d’organiser son quotidien, de planifier les étapes à venir joue sans doute beaucoup également. Personnellement, je suis d’une nature à la fois désorganisée mais qui se sent rassuré de savoir ce qui m’attend. J’ai choisi de voyager sans grande préparation, sans itinéraire, en découvrant au fil des jours et des rencontres le chemin à prendre. Sur papier, ça semble séduisant et idyllique. Pour moi, c’est un défi mental sans cesse renouvelé. 

Mais j’apprends. Je gère l’anxiété de ne pas savoir où je dormirai le soir, par exemple. Je commence à faire confiance à ma bonne étoile, qui à date ne m’a jamais laissé tomber. De plus, je transporte avec moi ma petite maison. J’ai tout ce qu’il faut pour camper et cuisiner, plus un peu de nourriture. Donc, en théorie, rien de grave ne peut m’arriver. Tout s’est bien passé jusqu’à présent, et cela arrive tranquillement à me rassurer. C’est un changement important pour moi. 

Un autre facteur d’incertitude est la santé. Je suis parti après presqu’un an de consultations médicales et d’examens répétés. Les causes et les diagnostics sont divers et en évolution. Je suis parti quand même, et malgré l’avis de certains médecins, parce que si je ne partais pas maintenant, après ces années d'attente et de délais, je risquais de ne jamais partir. En fait, pour moi, ça a été un facteur déterminant: je devais partir le plus vite possible, AVANT que mon état de santé se détériore. J’ai 64 ans, je n'ai jamais connu de problème de santé grave, mais j’ai été mis en face d’une réalité: si ça peut arriver à n’importe quel moment dans la vie, il est vrai que les risques augmentent avec l’âge, quoi qu’on en pense. D’ailleurs, les compagnies qui veulent bien nous assurer ne manquent pas de nous le rappeler, et, passé un seuil fatidique, il devient impossible d’obtenir une couverture pour un voyage prolongé, d’autant plus si on est déjà déclaré à risque.

Je disais plus haut que le but du voyage peut certainement affecter le moment où la lassitude survient et la façon d’y faire face. Dans mon cas, c’est en grande partie le regard et les encouragements de mes proches qui m’ont permis de repartir. Il y a quelques semaines, je devais choisir si je prolongeais le voyage ou non. J’avais décidé d’une date de retour au moment d’acheter mes billets d’avion, tout en me laissant toutes les possibilités de la changer. En venant au Maroc, ce qui n’était nullement dans mes plans vaguement énoncés au début du voyage, je ne mettais pas seulement le pied sur un autre continent. Je faisais également un pas vers une autre étape du voyage, j’osais regarder vers un horizon beaucoup plus lointain. Les conseils de ma famille m’ont aidé à prendre cette décision, parce que je ressentais un peu de culpabilité à l’idée de rester aussi longtemps loin d’eux.

Sans bien m’en rendre compte, je faisais également la preuve que mon appétit de découverte était plus fort que le besoin de connaître ce qui arrivera demain. S’aventurer en Afrique, c’est accepter de se lancer dans un vaste inconnu.

Au final, j’ai quand même dû prendre une décision en me basant sur plusieurs facteurs. Un d'eux, le plus difficile à admettre pour l’entêté que je suis, est qu'il faut bien que je m’occupe sérieusement de ma santé et que je collabore avec mon médecin pour trouver une guérison durable. C'est difficile de profiter pleinement du voyage - et de la vie en général - en se sachant en sursis.

Mais ce qui a été déterminant dans ma prise de décision c'est l'état de mes finances. J’avoue que j’avais mal évalué certains besoins. Mes (légers) déboires matériels et de santé au fil du voyage ont fini par me coûter beaucoup plus cher que prévu. J’ai réalisé également que j’aime explorer les villes, et que découvrir l’histoire et la culture d’un peuple ne s’accomplit pas en dormant constamment à la belle étoile. Mes besoins de faire des rencontres, de côtoyer d'autres humains s'est aussi accru. Tout cela s'est donc avéré plus coûteux que ce que j’appréhendais. J’arrivais rapidement à la fin des ressources financières que je m’étais attribuées. J’aurais la possibilité de puiser dans d’autres économies, bien maigres et réservées à mes vieux jours, mais le peu de sagesse qui me reste m’interdit de m’y résoudre. 

J’ai donc coupé la poire en deux: j’ai resserré mon budget de façon à le faire durer le plus possible. Ce faisant, j’ai pu repousser de 3 mois mon retour. 

Deux semaines après avoir pris cette décision, on dirait que mon regard a changé. J’entrevois un retour, certes, mais je me surprend à penser au prochain voyage, chose qui me paraissait impossible auparavant. Lorsque je suis parti, je refusais de penser au retour. Je brûlais les ponts. J'avais vécu des choses durant les dernières années qui avaient anéanti mes projets. Je n'avais plus envie d'un futur. J'avais tout misé sur ce voyage et n'espérais plus rien d'autre de la vie. Ce périple aura donc été une guérison, en quelque sorte.

J’ai appris beaucoup de choses de ce voyage. Sur le monde, sur les gens, sur les peuples. Mais surtout, sur moi-même, sans doute beaucoup plus que je le pense. Entre autres, je suis à présent capable de voir plus loin qu’avant. 

À vrai dire, mon horizon s’est élargi. Et j'ai peut-être répondu en même temps à la question du début. En me connaissant et en me reconnaissant, en allant à la rencontre du monde, j'ai appris où était ma maison. C'est l'endroit d'où je me prépare à repartir.



In the last publication of this blog, I focused a lot on the question: “Where is (my) house?”


 And as I think about it, another thought comes to mind.  Once on the road, where does the need to continue come from?  I know that the eternal question “why do we travel” has been asked a thousand times, and I have also mentioned it without really answering it.  But this is something else.


 We can admit that the questions of why to leave and how to return have been resolved for most long-distance travelers.  There remains, between the two, an equation that is sometimes difficult to resolve: how can we continue the journey when everything seems to be pushing us to give up?  At what point are determination, resilience and endurance no longer enough?  How much should we refrain from giving up?  Where is the breaking point, that moment when we realize that the fading flame is about to go out, and that all the beauties of the Earth will not be enough to rekindle it?


 I am sure that all travelers experience this moment.  Moreover, I read a few years ago that for many people, this moment occurs after around 12 to 18 months, but often much earlier.  This seems to be a threshold beyond which human beings feel the need to find their loved ones, their bearings, a semblance of return.  There are obviously exceptions, those people who have been on the road for so long that they themselves seem not to know how to get back.


 But for the average backpacker, there are low tides.  This can happen on the first day of the trip, when the novice is seized by doubt, or after a few months, when a deep fatigue has set in, which repeated and prolonged breaks cannot dispel.


 The symptoms can be varied: fatigue or mental weariness, an increasing inability to appreciate what previously fascinated us, physical pain or discomfort that does not subside, a tendency to give in to discouragement or to see small inconveniences as insurmountable.


 Described this way, it might sound like symptoms of minor depression.  And it’s not wrong to see similarities there, I think.  I am by no means an expert in mental health, but I dare to think that this weariness is perhaps a manifestation of the prolonged absence of reference points.


 That said, we should first agree on what the trip represents.  For some, it is simply an exploration, discoveries, encounters.  For others, the fulfillment of a dream.  For still others, it is an opportunity to surpass themselves or to know how far they can go.


I will just present what I know.  I travel because I always wanted to, that’s all.  I have boundless curiosity.  Then obviously comes the need to make this trip last to get everything I can out of it.  Casually, I have just listed the three reasons to travel stated above.  Duration is therefore an essential condition for me.  And to last, we must manage to overcome obstacles, difficulties, doubts, pain.


 The idea for this post didn’t come out of nowhere.  I wouldn't have seriously asked myself this question at the start of the trip.  If I ask it now, after almost 6 months of travel, it is because I have experienced moments of doubt, often following events.  Most of the time, a little rest or a conversation with loved ones allowed me to see things in a different light and get going again.


 The way you travel, organize your daily life, and plan your upcoming stages undoubtedly also plays a big role.  Personally, I am of a nature that is both disorganized but who feels reassured to know what awaits me.  I chose to travel without much preparation, without itinerary, discovering over the days and meetings the path to take.  On paper, it sounds attractive and idyllic.  For me, it’s a constantly renewed mental challenge.


 But I'm learning.  I deal with the anxiety of not knowing where I will sleep at night, for example.  I am starting to trust my lucky star, which to date has never let me down.  Plus, I carry my little house with me.  I have everything I need for camping and cooking, plus some food.  So, in theory, nothing bad can happen to me.  Everything has gone well so far, and this is slowly reassuring me.  This is a big change for me.


 Another factor of uncertainty is health.  I left after almost a year of medical consultations and repeated examinations.  The causes and diagnoses are diverse and evolving.  I left anyway, and despite the advice of certain doctors, because if I didn't leave now, after these years of waiting and delays, I risked never leaving.  In fact, for me, it was a determining factor: I had to leave as quickly as possible, BEFORE my health deteriorated.  I am 64 years old, I have never experienced a serious health problem, but I was confronted with a reality: if it can happen at any time in life, it is true that  Risks increase with age, whatever we think.  Moreover, the companies that are willing to insure us do not fail to remind us, and, past a fateful threshold, it becomes impossible to obtain coverage for an extended trip, especially if you are already declared at risk.  


I said above that the purpose of the trip can certainly affect when weariness arises and how to deal with it.  In my case, it was largely the look and encouragement of those close to me that allowed me to start again.  A few weeks ago I had to choose whether to extend the trip or not.  I had decided on a return date when I bought my plane tickets, while giving myself every possibility of changing it.  By coming to Morocco, which was not in my vaguely stated plans at the start of the trip, I was not just setting foot on another continent.  I was also taking a step towards another stage of the journey, I dared to look towards a much more distant horizon.  My family's advice helped me make this decision, because I felt a bit of guilt about being away from them for so long.


 Without realizing it, I was also demonstrating that my appetite for discovery was stronger than the need to know what will happen tomorrow.  Venturing into Africa means agreeing to plunge into a vast unknown.


 In the end, I still had to make a decision based on several factors.  One of them, the most difficult to admit for the stubborn person that I am, is that I must take serious care of my health and work with my doctor to find a lasting cure.  It's difficult to fully enjoy the trip - and life in general - knowing you're on borrowed time.


 But what was decisive in my decision-making was the state of my finances.  I admit that I had misjudged certain needs.  My (slight) material and health setbacks during the trip ended up costing me much more than expected.  I also realized that I love exploring cities, and that discovering the history and culture of a people is not accomplished by constantly sleeping under the stars.  My need to meet people and be around other humans has also increased.  So all of this turned out to be more expensive than I anticipated.  I was quickly reaching the end of the financial resources that I had allocated to myself.  I would have the possibility of drawing on other savings, very meager and reserved for my old age, but the little wisdom I have left prevents me from doing so.


 So I split the pear in two: I tightened my budget in order to make it last as long as possible.  In doing so, I was able to postpone my return by 3 months.


 Two weeks after making this decision, it seems like my outlook has changed.  I see a return, certainly, but I find myself thinking about the next trip, something that seemed impossible to me before.  When I left, I refused to think about returning.  I was burning bridges.  I had experienced things over the last few years that had destroyed my plans.  I no longer wanted a future.  I had staked everything on this trip and no longer expected anything else from life.  This journey will therefore have been a healing, in a way.


 I learned a lot from this trip.  On the world, on people, on peoples.  But above all, on myself, probably much more than I think.  Among other things, I am now able to see further than before.


 To tell the truth, my horizons have broadened.  And I may have answered the question at the beginning at the same time.  By knowing and recognizing myself, by reaching out to the world, I learned where my home was.  This is the place from which I prepare to leave.



jeudi 7 décembre 2023

Où seras-tu demain?


Dans mon dernier billet, j'évoquais l'idée qu'on puisse se sentir prêt à partir lorsqu'on avait enfin l'impression de mériter le monde, d’y avoir une place. 


Les questions de cet ordre se bousculent, évidemment, lorsqu'on entreprend un voyage en solitaire avec tous les défis et les compromis que cela comporte. 


  • Où vais-je ?


  • Où est-ce, "chez moi"? Elle est où, ma maison? Existe-t-il, cet endroit que je pourrai un jour appeler chez moi?


J’ai parfois l’impression d’être en transit depuis toujours, en quête de ce lieu. Mais ce que je cherche vraiment, je ne saurais le dire.


Est-on quelqu'un si on n’habite nulle part?


Est-ce que le voyage a la même signification pour celui qui sait où il va que pour celui qui est sans maison?


Est-ce que la maison doit être un lieu?


Peut-on avoir une maison et ne rien posséder? Peut-on être riche sans avoir de port d’attache?


Certains, qui ont tout, sentent le besoin de tout quitter alors que d'autres, qui n'ont rien, n'aspirent qu'à s'enraciner.


Est-ce qu'on s'appartient plus quand on a un chez-soi? Ou est-ce que le fait de s'appartenir nous permet d'être chez soi partout?


Peut-on appartenir partout? 






Un jour, alors que je venais d'arriver à Dublin (ma deuxième journée dans cette ville, je crois), j’ai connu une journée productive qui m’a laissé avec un sentiment de plénitude. J’avais l’impression d’avoir achevé une quête. Je me sentais en pause, au repos. Pourtant ce que j’avais obtenu était bien matériel, donc périssable, éphémère. Mais j’y avais tellement passé de temps, consacré tellement d’énergie que c’était presque devenu une obsession, et en cela, une recherche qui occupait mes pensées et mes sentiments. Il est bien naturel alors que la fin de cette quête puisse procurer un sentiment d’accomplissement. Est-ce que ces petits bonheurs futiles sont moins importants que la “Grande Quête”? Est-ce si important d’arriver à trouver ce bonheur ultime? Existe-t-il vraiment d’ailleurs? Si on le trouve, que se passe-t-il ensuite?


Il n’est pas rare que l‘accomplissement d’une quête, petite ou grande, laisse la place à un sentiment de vide. Est-ce le signe que ce qu’on cherche (et trouve) ne se trouve nulle part ailleurs qu’à l’intérieur de nous?


Le voyage, si on le voit comme une quête, c’est donc ceci: la recherche de quelque chose qui se trouve déjà à l’intérieur de soi. Pourquoi faut-il alors partir, parcourir le monde, pour trouver ce qu'on a déjà?


Certaines personnes ont peur de partir, de la route. Peut-être ont-elles peur de perdre ce qu'elles pensent avoir trouvé? Il n'y a rien de mal à ne pas sentir le besoin de prendre la route. Si on a tout ce dont on a besoin, si on a déjà l'enracinement qui nous donne la force de grandir, pourquoi partir, en effet. 


Les raisons qu'on se donne par ailleurs - voir le monde, découvrir d'autres cultures - ne justifient pas toujours le coût du voyage - en efforts, en ressources, en inconforts.


Et pour ceux qui partent, qui entreprennent cette quête, le retour peut aussi poser un risque. On peut espérer revenir et être transfiguré. On peut s'imaginer que notre vie s'en trouvera transformée. On peut croire que le monde nous attend pour nous offrir ce qu'on a toujours mérité. 


Évidemment, les retours ne se passent pas ainsi et la déception est souvent amère. Le monde n'aura pas changé pendant notre absence, et après quelques jours, une fois l'allégresse du retour retombée, tout reprend sa place. Cette place qu'on n'a plus, qu'on n’a peut-être jamais eu, il faut alors apprendre à la trouver. C’est comme si tout ce qu'on a vécu n'avait pas de sens dans la banalité du quotidien. 


Toutes ces questions n'ont peut-être pas de réponses, après tout.



Ceci étant dit, je viens de passer une semaine avec ma fille qui est venue me rendre visite. Et je crois bien que dans mon cas - parce qu’il faut le dire, il n’y a pas de réponse absolue et universelle à ces questions - pour moi, donc, la maison se trouve avec ceux que j’aime. C’est aussi simple que cela.









jeudi 9 novembre 2023

Nul n'est une île




(ENGLISH FOLLOWS)


Les voyages, on le sait, offrent des occasions de rencontres. Celui-ci, bien plus que je ne m'y attendais.

Le thème de l'île me revient encore une fois, et je trouve qu'il est particulièrement pertinent. En fait, si on s'y attarde, on se rend compte qu'il s'agit d'une belle analogie de la condition humaine. "Nul n'est une île" (titre original: No man is an island) est un livre du moine américain (né en France) Thomas Merton, paru en 1955. " Nul n'est une île, en soi suffisante. Tout homme est une parcelle de continent, une partie du tout". Ce titre et plusieurs citations de ce livre me reviennent périodiquement à l’esprit depuis que je l’ai lu il y a plus de quarante ans. Personne ne pourra jamais prétendre se suffire à lui-même. Chacun dépend des autres, de la collectivité, autant s'y faire et y participer de bon cœur. Depuis le début de ce voyage, j’y pense constamment, au fil des jours.

Adolescent et jeune adulte, j’étais renfermé, reclus, asocial. C’est le cas de beaucoup de jeunes. Puis, avec les années, j’ai lentement compris que ce que j’avais, ce que j’étais, je le devais à d’autres humains. Rien de ce que j’avais acquis ou réalisé n’aurait pu se faire sans la présence de certaines personnes dans ma vie à certains moments. Peut-être que c’est une des motivations qui m’ont poussé à entreprendre ce voyage. J’ai maintenant le sentiment d’appartenir au monde et d’avoir le droit d’aller à sa rencontre. 

Admettons donc que les voyages soient propices aux rencontres. Cela a tellement été dit qu’on n’oserait pas le mettre en doute. Mais si on y regarde de plus près, les occasions de rencontres ne sont pas plus nombreuses ni plus faciles que dans la vie routinière et sédentaire à laquelle nous nous soumettons. Le simple fait de franchir la porte de la maison ne suffit pas à nous transformer ainsi. Nous restons dans une large part fidèle à notre nature profonde. Le bout-en-train désire toujours se faire des amis et le timide reste aussi réservé. 

Certaines personnes - j'en vois fréquemment - voyagent tout en restant bien ancrées dans leur bulle. Ce n'est pas un phénomène nouveau, qu'on pourrait croire nourri par la culture numérique. Dans les années 1980, j'avais observé le même phénomène. Quand je disais que le voyage est un microcosme de la condition humaine…

D'un autre côté, on a ceux qui parlent à tout le monde, qui se mêlent de toutes les conversations. Ceux-là sont des accélérateurs sociaux, des catalyseurs de rapprochements. Ils peuvent en agacer quelques-uns, mais ce sont eux qui vont souvent être à l'origine de grandes discussions auxquelles chacun se sent invité et qui perdurent tard dans la soirée. 

Quelque soit notre nature, le fait d'être dans un élément étranger nous rend plus perméable, voire vulnérable - d'où le besoin de se protéger qu'éprouvent certains. Mais on peut choisir une autre voie, celle de l'ouverture. On découvre alors que ce qui s'ouvre à soi n'est pas si désagréable, et ça devient de plus en plus facile. Chaque occasion de changement nous permet de grandir, c'est assuré. 

Dès qu’on laisse la porte entr’ouverte, tout s'enchaîne. Il suffit d’un sourire, d’un geste d’appréciation. Les autres viennent vers nous. Ils sont curieux, veulent savoir ce qu'on fait, d'où on vient. Certains offrent de l'aide, des conseils. Si on s'avance soi-même, qu'on demande notre direction par exemple, c'est encore mieux.

Je disais que je suis plutôt réservé de nature. Je ne vais pas aborder les autres de façon spontanée. Je pensais donc, en entreprenant ce voyage, que les rencontres allaient être difficiles et laborieuses, que j'allais devoir constamment aller au-delà de moi-même pour rejoindre les autres. Ce n'est pas du tout le cas, et c'est pourquoi je dis que ce voyage va au-delà de mes attentes. On m'aborde plus souvent que l'inverse, et lorsque je le fais, c'est facile et presque naturel. Évidemment je suis un touriste et cela paraît. Ma relation avec les autres est un a priori. Je profite donc de cet avantage. Et je découvre que beaucoup de gens désirent aider et accueillir. 

Par ailleurs, j'ai souvent fait appel à des hôtes du réseau de partage Warmshowers, qui met en relation les cyclistes qui voyagent et ceux qui désirent les accueillir. Ce type d'accueil, entièrement gratuit et basé sur la générosité et l'échange d'intérêts, est totalement différent de ce qu'on peut attendre d'un aubergiste ou d'un établissement commercial. De ces approches, j'ai gardé de nombreux contacts qui m'ont enrichi.



Au bout du voyage, il restera entre autres ceci: les rencontres qui m’auront transformé un peu, les personnes dont je conserverai le souvenir, de nouvelles amitiés. Surtout, j’aurai gagné une confiance et un respect envers les humains qui m’ont fait beaucoup défaut ces dernières années.




No Man is an Island.


Travel offers excellent opportunities to meet others. And on his trip, even more so than I expected.

The island theme keeps haunting me, it seems, but I find it especially relevant. It offers a good metaphor on the condition of human life. “No Man is an Island”, by the American Trappist monk and author Thomas Merton, was published in 1955. 


-”No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main”.


The title of this book, which I kept as a bedside reading several years ago, keeps coming back into my thoughts, even after more than forty years. No one can really pretends being self-sufficient. We each depend on others, whether we like it or not. Better make the most of it. From day one of this trip, this thought was ever present on my mind.

In my teen years, I was the typical reclusive and unhappy outcast. It took me several years, decades of love, friendships, parenting, losses, hardships and joys to finally understand what I was owing to society, to communities, to groups, whether I had chosen to be part or not. I must say that I had one thing playing for me: a tremendous curiosity and an inclination to say yes to new experiences that balanced well, in times, my natural cautiousness. Having realized that I, while being unique, had been shaped by my relation to the world, after all, I felt that I belonged in it and was welcomed to go out and embrace it. Hence this trip, which could be qualified as a rebirth.

So let’s admit that traveling creates opportunities for meeting people. It’s a consensus that’s widely accepted, without a doubt. But if we look at how meetings occur, those opportunities are not, in fact, multiplied by the mere fact of being on the road, away from the constraints of daily humdrum. Stepping out does not make us different. We generally stay true to our nature. The outgoing still stands out and the timid remains discreet.

Some - the most part, I’d say - travel while staying deeply in their bubble. It’s nothing new and has not to do with the digital world we live in. It struck me when I began traveling, in the early 1980’s. Travel IS a microcosm of society…

On the other hand, there's the ever sociable, who talks to everyone, of whom everybody wants to befriend. Those are real catalysts, and social interactions occur often because they make everybody at ease. Barriers fall off.

Maybe it’s the keyword: barriers. Each and everyone has its own set of protections. It’s a standard, natural and necessary occurrence of social life. But it seems to me that they are more easily removed when we travel. It’s as if we had already shifted to a more open, if not to say vulnerable, state of mind when stepping into strange land. Some are understandably more reluctant to let go, it can be intimidating and the self protection reflexes can kick in strongly. But if we decide to leave a crack in the door, it rapidly widens and everything becomes easy. Nothing poses a real danger, and the outcomes are much more positive than anticipated. 

It takes as little as a smile, a gesture of acknowledgement, and people come to us. They are curious, they offer encouragements, advice. They ask where we’re from, where we're going next. They’re admirative. 

As I said before, I’m not the outgoing type. I don’t talk to others spontaneously. Because of that trait, I was apprehensive. I thought it would be a struggle to talk to people. On the contrary, I quickly realized it to be much easier than I had anticipated. I have strangers approaching me more often than the opposite, and when I do, it becomes almost natural to me. Of course, being obviously a tourist has its advantages. 



I also met a good bunch of people as hosts of the Warmshowers community. It exists to put in relation cyclists who travel and those who wish to host them. It’s entirely free and based on good will, so the ones you meet are generally open, curious and good natured. It’s completely different from the relationship you’d have through a commercial accommodation, and I have made good contacts and a few friends through that network.

At the end of this trip, the main outcome will be this: meetings that will make me a better person, memories, friendships. More importantly, a new respect and confidence towards humans. That can be sparse these times. 



samedi 7 octobre 2023

On ne connait bien que ce qu'on habite




(English follows)


Octobre. Je reviens des îles, encore une fois. Pas les mêmes îles. Pas la même expérience. Pas la même intensité. Pas le même sentiment. 


Je n’irai pas jusqu’à dire que ce séjour dans les Hébrides Occidentales fut à l’opposé de celui dans les Orcades. Ce fut totalement différent, c’est tout, pour toute une série de raisons. Et ce que j’en retiens, surtout, c’est qu'on ne peut pas connaître du fait d'une seule bonne ou mauvaise impression. Ma compréhension de la vie insulaire sera maintenant un peu plus riche qu'avant, sans évidemment valoir celle de ceux qui y vivent.


L’isolement qui fait des îles un refuge contre les pressions sociales peut devenir une prison. Les caprices de la mer et la colère du vent sont de puissants freins aux déplacements. On ne mesure pas sa liberté face à une nature trop grande pour soi.






Mais on le dit souvent, c’est dans l’adversité que les êtres se rapprochent. Dès le premier soir, lorsqu’il a été question d’annulations de traversées et de l’approche de tempêtes, j’ai senti comme les autres le désir d’entraide et de partage. Le simple fait d’être soumis à une situation potentiellement risquée fait ressortir chez l’humain des comportements latents. Certains, mais c’est rare, seront portés à abuser de la situation de différentes façons. C’est l’exception. L'humain est après tout un animal social, et les obstacles et barrières qu’il érige pour se protéger ne demandent qu’à tomber dès que cela est justifié.






C’est une leçon que je n’aurais pas pu apprendre dans un autre contexte. Aucun de nous n’a jamais été en grand danger, et il faut relativiser les choses, mais j’ai bien senti ce que devaient vivre les habitants de ces îles par le passé, et ce qui les forçait à s’unir pour résister et pour lutter. C’est bien de ces îles que sont originaires les clans les plus forcenés d’Écosse!







La beauté sauvage de ces lieux n’a d’égale que la puissance et l’hostilité des éléments. En 1900, sur les ilôts Fannan, une tempête a emporté les trois gardiens du phare. Les vagues s’étaient élevées au-dessus des côtes de l’île, à plus de 60 mètres, et avaient tout arraché.

Une autre île isolée, St. Kilda, pourtant habitée depuis plus de 4000 ans, a été en 1930 évacuée de sa communauté placée face à de graves enjeux de survie. Mon petit "exploit" - parcourir les 300 kilomètres de la Hebridean Way du nord vers le sud (donc par vents contraire) et les quelques difficultés rencontrées sont donc relativement mineurs.






En Écosse j’espérais pouvoir assister à des sessions de musique. Malheureusement les occasions ne se sont pas présentées. Jusqu’à ce que j’arrive dans les Hébrides. En fait, dès la veille de la traversée, à Ullapool, alors que je me promenais dans les rues du village, je suis tombé sur un concert de musiciens locaux dans la cour d’un pub. Un mélange de folk, de punk-rock et de bluegrass que j’allais reconnaître plus tard comme étant une couleur locale très forte. Évidemment, cela s’enracine dans la musique celtique traditionnelle. 


C’est presque un cliché de le dire, mais dans la plupart des communautés qui vivent de l’isolement, la musique joue un grand rôle dans le rapprochement des gens. C'est une joie, un réconfort que l’on peut partager. À Stornoway, dans l’auberge où j’ai passé deux jours en attendant que la météo me permette de rouler, il y avait une guitare au salon. Tous les soirs nous avions le plaisir d’entendre quelques airs. C’est là aussi qu’on m’a fait connaître quelques groupes locaux. Je joins des liens à la fin de ce texte.


Puis, l’avant-dernier soir de mon séjour, dans une petite auberge rustique de bord de mer, un voisin est débarqué tout bonnement avec ses instruments et une bouteille de vin. Sur une tablette traînait un bodhrán (tambour irlandais), et nous avons discuté, joué, chanté et bu toute la soirée. Cela n’aurait pas pu mieux conclure la semaine. Le lendemain, j'ai roulé les derniers kilomètres les jambes un peu lourdes mais le cœur léger.










https://open.spotify.com/intl-fr/artist/1UzKSuyOqKgUupcNNEtnF1?si=25KLN4QiRHClM246eE9frw






How can you know something if you've only experienced the good part? I'm back, again, from the isles. After the Orkney, I had read and heard about neolithic remains in the Outer Hebrides and was curious to see those islands reputedly harsh and wild.







They were up to the reputation. Although I managed to stay within my schedule, I had to give up a lot of visits I'd wanted to make. The rain made it impractical to stop and admire the scenery, and the wind had me fighting constantly, with no spare time to stop en route. Only on the second and last day did I squeeze a couple of stops at historical sites along the way, because that was the main motive of this trip to the Hebrides and I wanted to bring back something other than the misery of trying to race to the next ferry against a 60 miles per hour headwind while drenched to the bones.


Some of the ferries couldn't sail, either because of mechanical faults or bad weather, so it was a cat-and-mouse game between uncertain timetables and finding lodging each night along the way. Fortunately, the spirit in the hostels I stayed at was very good and all were eager to help and share tips and tricks and the latest infos when the internet was available. I learned about a small group of hostels run by a non- profit organization - the Gatliff Trust - that saved me from sleeping outside. In the Islands, wild camping is pretty unconvenient when most of the land is boggy moor.


It was really great to experience this feeling of belonging. In times of challenges, people tend to stick together.


I don't mean to pretend that we were in danger. It was a mere disturbance. The inhabitants of these islands have made severe hardships their daily life. In December 1900, during a storm, all three lighthouse keepers on the Fannan Islands were swept out by a monster wave that ripped the land 60 meters above the sea. And in 1930, the last occupants of St. Kilda, 40 miles off the Isle of North Uist, were evacuated because they were facing extinction, although the island had been inhabited for 4000 years.




Music is one thing that helps bring people together. It's a strong social cement. So far, in Scotland, I hadn't had the chance to go to any music session. Until the night before crossing to the Hebrides, in Ullapool, when I wandered into the yard of a pub where local musicians were performing. They played a mix of traditional celtic, country and punk-rock, a blend that seems a standard in the celtic world. It reminded me of The Pogues, a band I was fond of.


Then, in the various hostels I stayed in during my week in the islands, music was always somehow present, sometimes in conversations, or because someone had grabbed the omnipresent guitar for a few tunes. One evening, in a small, isolated hostel, a neighbor showed up with a few instruments and a bottle of wine. We drank, played and sang well into the night. My wish had been granted!


The following day, my legs were heavy but my spirit was light!








dimanche 24 septembre 2023

Orcades





 

(English will follow)

Stromness, îles Orcades, le 20 septembre 2023


J’ignore ce qu’il y a dans l’air des îles, mais ça a un effet calmant et relaxant. D’ailleurs, je comprends maintenant que quand on parle du rythme de vie des insulaires, on ne fait pas seulement référence aux îles du Sud. Je crois que dans les îles, nous sommes forcés de s’adapter à ce que la mer impose: les marées, les traversées, la météo. Inutile de se presser, tout arrive quand la mer le décide, et pas avant!


J’ai donc bien fait de venir et je comprends ceux qui choisissent de vivre dans l’isolement relatif d’une île. D’ailleurs on y est rarement seul: les communautés y sont tissées serré, les liens sont forts et fidèles. On y perçoit le sentiment d’appartenance qui unit les gens. 


Je repartirai demain apaisé, reposé, renforcé dans mes choix, plus sûr de moi, solide même si solitaire. 


Je disais avant de venir que j’ai toujours aimé l'atmosphère des îles des lieux qui donnent sur la mer. Je sais maintenant pourquoi. C’est pour la même raison que j’aime devoir prendre un bateau pour me rendre au travail. Parce que j’ai besoin que quelque chose d’impossible à contrôler s’impose à moi. C’est un antidote à la dictature du temps, à l’organisation au quart de tour que la société nous impose.

J’aime donc que la mer s’impose, mais soyons clair: la mer me fait peur autant qu’elle m’attire. C’est une peur viscérale. Personne n’a jamais conquis la mer. Je pense qu’on peut seulement vaincre, momentanément, la peur qu’on en a…





Je ne suis resté que deux jours dans les Orcades, mais voici ce que j’ai vu et appris: 


-Des gens y vivaient déjà il y a plus de 5000 ans. Ils cultivaient la terre, élevaient du bétail, vivaient en communauté et bâtissaient des monuments funéraires et de culte. C’était le bout du monde connu de l’époque, et pourtant ces gens avaient choisi de s’y établir! Même les plus petits îlots étaient habités.




-J’ai beau aimer la mer et le vent, il y a certains jours où je n’aurais pas voulu être en camping!


-Les gens sont très gentils et accueillants, mais je pense qu’ils sont contents lorsque les touristes repartent.


-Où que se pose le regard, c’est pour être ébloui.





-Les îles sont des repaires d’artistes. Il doit y avoir une raison.


-Il existe un puits près de mon hôtel où les navires venaient se ravitailler en eau fraîche avant les grandes expéditions. La Compagnie de la Baie d’Hudson, le capitaine James Cook, l’Erebus et le Terror de John Franklin avant leur fatale exploration du passage du Nord-Ouest…






-Cet hôtel, construit en 1901, est resté inchangé. On se croirait dans un décor de cinéma. Ou de roman improbable.




-Il existe dans Stromness des tas de petites allées avec des noms comme Free Kirk’s View, The 44 steps et Khyber Pass. Il y a assurément un fonctionnaire qui fait preuve de fantaisie!





-Les Écossais n’aiment pas les Anglais, les Highlanders n’aiment pas être confondus avec les autres Écossais et les Orcadiens sont… d’ailleurs!


-Je suis entré dans une boutique d’artisanat africain (A Touch of Africa) tenue par un Écossais. Je dois aller en Afrique!


-Nous sommes à la rencontre de la Mer du Nord et de l’Océan Atlantique Les vents sont rois et maîtres.




-Certaines îles ont des profils bas et des côtes en pentes douces qui se fondent dans la mer. D’autres s’élèvent haut et ont des falaises abruptes contre lesquelles la mer se déchaîne. La mer est toujours en bataille contre ce qui se dresse devant elle.






-Il y a toujours deux types d’insulaires: ceux qui y sont nés et ceux qui y viennent par choix. Et ceux-là viennent de partout.







Stromness, Orkney, September 20th 2023


I went to the Isles, and I'm so glad I did! I had some setbacks the last few days (first I lost my phone connection for several days, then my phone was drowned altogether and no longer worked) that made it difficult for me to plan some crucial details of the trip - like booking a traverse on the ferry and a place to sleep on the islands. Fortunately, I have my little laptop and I managed to organize a stay on the Orkney for a couple of days. I was a little stressed out, nevertheless, and I was unsure for the rest of my trip.


There must be something in the air on an island, really. It's calming. After a couple of hours I could feel the anxiety being washed off. And I now know what we mean when we talk about the island life. It doesn't just refer to the Carribeans or other southern destinations. It applies to any island. I believe that on an island, everyone is at the sea's mercy, and has to adapt his or her expectations accordingly. The tides, the boats and ferries arrivals, the weather, the sea is the master of it all! It's humbling, and I understand those who choose this life, even if it's at the cost of some remoteness. Anyway, the community feeling is strong, and I don't think you can feel lonely for very long. 


I've always loved the islands beat. I understand now what I like so much. this humility that the sea imposes on you, that you have to accept, is an antidote to the tyranny of time, to the constant pressure of society where everything is clocked. To have been able to escape from it, even for only a few hours, procured me rest. Now I feel resourced and stronger. 


I love the strength of the sea, but at the same time it terrifies me. I think nobody can ever vanquish the sea. You can only control the fear that you have. 


I was on the Orkney only two days, but I learned a few things:


-People were living here over 5000 years ago. They harvested the land, raised cattle, lived in community and built monuments at a period when the Pyramids had still to rise from the ground! This was the end of the known world at the time, still it had been inhabited for a long time already.





-The island peoples are among the sweetest and most generous that I’ve encountered. Still I’m sure they are happy when tourists go home.


-Wherever you lay the eye, it is to be raptured.






-Artists abound on any island. There must be a good reason. 


-There’s a well near the hotel where I stayed where ships would stock up on fresh water before expeditions. The Hudson’s Bay Company from 1671 ,Captain James Cook vessels, John Franklin’s Erebus and Terror prior to their fateful voyage, among them.


-The said Stromness hotel, built in 1901, remains as it was then, it seems. It feels like a film set or the decor for an improbable novel.





-The Scots aren’t particularly fond of the Englishes. Highlanders don’t like to be mixed up with the rest of the Scots and Orcadians are just totally unique!


-This is where the North sea and the Atlantic ocean meet. This is where the great winds blow!


-Some of the islands have low profiles and shores descending gently into the sea. Others rise high up with cliffs against which the waves are fierce. It’s like if the sea was always going to battle with whatever gets up in front of it. 





-There’s always two kinds of islanders: The ones who were born there and those who came by choice. These come from everywhere.