(English follows)
Octobre. Je reviens des îles, encore une fois. Pas les mêmes îles. Pas la même expérience. Pas la même intensité. Pas le même sentiment.
Je n’irai pas jusqu’à dire que ce séjour dans les Hébrides Occidentales fut à l’opposé de celui dans les Orcades. Ce fut totalement différent, c’est tout, pour toute une série de raisons. Et ce que j’en retiens, surtout, c’est qu'on ne peut pas connaître du fait d'une seule bonne ou mauvaise impression. Ma compréhension de la vie insulaire sera maintenant un peu plus riche qu'avant, sans évidemment valoir celle de ceux qui y vivent.
L’isolement qui fait des îles un refuge contre les pressions sociales peut devenir une prison. Les caprices de la mer et la colère du vent sont de puissants freins aux déplacements. On ne mesure pas sa liberté face à une nature trop grande pour soi.
Mais on le dit souvent, c’est dans l’adversité que les êtres se rapprochent. Dès le premier soir, lorsqu’il a été question d’annulations de traversées et de l’approche de tempêtes, j’ai senti comme les autres le désir d’entraide et de partage. Le simple fait d’être soumis à une situation potentiellement risquée fait ressortir chez l’humain des comportements latents. Certains, mais c’est rare, seront portés à abuser de la situation de différentes façons. C’est l’exception. L'humain est après tout un animal social, et les obstacles et barrières qu’il érige pour se protéger ne demandent qu’à tomber dès que cela est justifié.
C’est une leçon que je n’aurais pas pu apprendre dans un autre contexte. Aucun de nous n’a jamais été en grand danger, et il faut relativiser les choses, mais j’ai bien senti ce que devaient vivre les habitants de ces îles par le passé, et ce qui les forçait à s’unir pour résister et pour lutter. C’est bien de ces îles que sont originaires les clans les plus forcenés d’Écosse!
La beauté sauvage de ces lieux n’a d’égale que la puissance et l’hostilité des éléments. En 1900, sur les ilôts Fannan, une tempête a emporté les trois gardiens du phare. Les vagues s’étaient élevées au-dessus des côtes de l’île, à plus de 60 mètres, et avaient tout arraché.
Une autre île isolée, St. Kilda, pourtant habitée depuis plus de 4000 ans, a été en 1930 évacuée de sa communauté placée face à de graves enjeux de survie. Mon petit "exploit" - parcourir les 300 kilomètres de la Hebridean Way du nord vers le sud (donc par vents contraire) et les quelques difficultés rencontrées sont donc relativement mineurs.
En Écosse j’espérais pouvoir assister à des sessions de musique. Malheureusement les occasions ne se sont pas présentées. Jusqu’à ce que j’arrive dans les Hébrides. En fait, dès la veille de la traversée, à Ullapool, alors que je me promenais dans les rues du village, je suis tombé sur un concert de musiciens locaux dans la cour d’un pub. Un mélange de folk, de punk-rock et de bluegrass que j’allais reconnaître plus tard comme étant une couleur locale très forte. Évidemment, cela s’enracine dans la musique celtique traditionnelle.
C’est presque un cliché de le dire, mais dans la plupart des communautés qui vivent de l’isolement, la musique joue un grand rôle dans le rapprochement des gens. C'est une joie, un réconfort que l’on peut partager. À Stornoway, dans l’auberge où j’ai passé deux jours en attendant que la météo me permette de rouler, il y avait une guitare au salon. Tous les soirs nous avions le plaisir d’entendre quelques airs. C’est là aussi qu’on m’a fait connaître quelques groupes locaux. Je joins des liens à la fin de ce texte.
Puis, l’avant-dernier soir de mon séjour, dans une petite auberge rustique de bord de mer, un voisin est débarqué tout bonnement avec ses instruments et une bouteille de vin. Sur une tablette traînait un bodhrán (tambour irlandais), et nous avons discuté, joué, chanté et bu toute la soirée. Cela n’aurait pas pu mieux conclure la semaine. Le lendemain, j'ai roulé les derniers kilomètres les jambes un peu lourdes mais le cœur léger.
https://open.spotify.com/intl-fr/artist/1UzKSuyOqKgUupcNNEtnF1?si=25KLN4QiRHClM246eE9frw
How can you know something if you've only experienced the good part? I'm back, again, from the isles. After the Orkney, I had read and heard about neolithic remains in the Outer Hebrides and was curious to see those islands reputedly harsh and wild.
They were up to the reputation. Although I managed to stay within my schedule, I had to give up a lot of visits I'd wanted to make. The rain made it impractical to stop and admire the scenery, and the wind had me fighting constantly, with no spare time to stop en route. Only on the second and last day did I squeeze a couple of stops at historical sites along the way, because that was the main motive of this trip to the Hebrides and I wanted to bring back something other than the misery of trying to race to the next ferry against a 60 miles per hour headwind while drenched to the bones.
Some of the ferries couldn't sail, either because of mechanical faults or bad weather, so it was a cat-and-mouse game between uncertain timetables and finding lodging each night along the way. Fortunately, the spirit in the hostels I stayed at was very good and all were eager to help and share tips and tricks and the latest infos when the internet was available. I learned about a small group of hostels run by a non- profit organization - the Gatliff Trust - that saved me from sleeping outside. In the Islands, wild camping is pretty unconvenient when most of the land is boggy moor.
It was really great to experience this feeling of belonging. In times of challenges, people tend to stick together.
I don't mean to pretend that we were in danger. It was a mere disturbance. The inhabitants of these islands have made severe hardships their daily life. In December 1900, during a storm, all three lighthouse keepers on the Fannan Islands were swept out by a monster wave that ripped the land 60 meters above the sea. And in 1930, the last occupants of St. Kilda, 40 miles off the Isle of North Uist, were evacuated because they were facing extinction, although the island had been inhabited for 4000 years.
Music is one thing that helps bring people together. It's a strong social cement. So far, in Scotland, I hadn't had the chance to go to any music session. Until the night before crossing to the Hebrides, in Ullapool, when I wandered into the yard of a pub where local musicians were performing. They played a mix of traditional celtic, country and punk-rock, a blend that seems a standard in the celtic world. It reminded me of The Pogues, a band I was fond of.
Then, in the various hostels I stayed in during my week in the islands, music was always somehow present, sometimes in conversations, or because someone had grabbed the omnipresent guitar for a few tunes. One evening, in a small, isolated hostel, a neighbor showed up with a few instruments and a bottle of wine. We drank, played and sang well into the night. My wish had been granted!
The following day, my legs were heavy but my spirit was light!









