Dans mon dernier billet, j'évoquais l'idée qu'on puisse se sentir prêt à partir lorsqu'on avait enfin l'impression de mériter le monde, d’y avoir une place.
Les questions de cet ordre se bousculent, évidemment, lorsqu'on entreprend un voyage en solitaire avec tous les défis et les compromis que cela comporte.
Où vais-je ?
Où est-ce, "chez moi"? Elle est où, ma maison? Existe-t-il, cet endroit que je pourrai un jour appeler chez moi?
J’ai parfois l’impression d’être en transit depuis toujours, en quête de ce lieu. Mais ce que je cherche vraiment, je ne saurais le dire.
Est-on quelqu'un si on n’habite nulle part?
Est-ce que le voyage a la même signification pour celui qui sait où il va que pour celui qui est sans maison?
Est-ce que la maison doit être un lieu?
Peut-on avoir une maison et ne rien posséder? Peut-on être riche sans avoir de port d’attache?
Certains, qui ont tout, sentent le besoin de tout quitter alors que d'autres, qui n'ont rien, n'aspirent qu'à s'enraciner.
Est-ce qu'on s'appartient plus quand on a un chez-soi? Ou est-ce que le fait de s'appartenir nous permet d'être chez soi partout?
Peut-on appartenir partout?

Un jour, alors que je venais d'arriver à Dublin (ma deuxième journée dans cette ville, je crois), j’ai connu une journée productive qui m’a laissé avec un sentiment de plénitude. J’avais l’impression d’avoir achevé une quête. Je me sentais en pause, au repos. Pourtant ce que j’avais obtenu était bien matériel, donc périssable, éphémère. Mais j’y avais tellement passé de temps, consacré tellement d’énergie que c’était presque devenu une obsession, et en cela, une recherche qui occupait mes pensées et mes sentiments. Il est bien naturel alors que la fin de cette quête puisse procurer un sentiment d’accomplissement. Est-ce que ces petits bonheurs futiles sont moins importants que la “Grande Quête”? Est-ce si important d’arriver à trouver ce bonheur ultime? Existe-t-il vraiment d’ailleurs? Si on le trouve, que se passe-t-il ensuite?
Il n’est pas rare que l‘accomplissement d’une quête, petite ou grande, laisse la place à un sentiment de vide. Est-ce le signe que ce qu’on cherche (et trouve) ne se trouve nulle part ailleurs qu’à l’intérieur de nous?
Le voyage, si on le voit comme une quête, c’est donc ceci: la recherche de quelque chose qui se trouve déjà à l’intérieur de soi. Pourquoi faut-il alors partir, parcourir le monde, pour trouver ce qu'on a déjà?
Certaines personnes ont peur de partir, de la route. Peut-être ont-elles peur de perdre ce qu'elles pensent avoir trouvé? Il n'y a rien de mal à ne pas sentir le besoin de prendre la route. Si on a tout ce dont on a besoin, si on a déjà l'enracinement qui nous donne la force de grandir, pourquoi partir, en effet.
Les raisons qu'on se donne par ailleurs - voir le monde, découvrir d'autres cultures - ne justifient pas toujours le coût du voyage - en efforts, en ressources, en inconforts.
Et pour ceux qui partent, qui entreprennent cette quête, le retour peut aussi poser un risque. On peut espérer revenir et être transfiguré. On peut s'imaginer que notre vie s'en trouvera transformée. On peut croire que le monde nous attend pour nous offrir ce qu'on a toujours mérité.
Évidemment, les retours ne se passent pas ainsi et la déception est souvent amère. Le monde n'aura pas changé pendant notre absence, et après quelques jours, une fois l'allégresse du retour retombée, tout reprend sa place. Cette place qu'on n'a plus, qu'on n’a peut-être jamais eu, il faut alors apprendre à la trouver. C’est comme si tout ce qu'on a vécu n'avait pas de sens dans la banalité du quotidien.
Toutes ces questions n'ont peut-être pas de réponses, après tout.
Ceci étant dit, je viens de passer une semaine avec ma fille qui est venue me rendre visite. Et je crois bien que dans mon cas - parce qu’il faut le dire, il n’y a pas de réponse absolue et universelle à ces questions - pour moi, donc, la maison se trouve avec ceux que j’aime. C’est aussi simple que cela.


Il faut avoir l’esprit ouvert ou que l’on doit. Mais oui notre maison est auprès de ceux que nous aimons.
RépondreEffacerOui tout à fait. Merci.
EffacerPeut-être que partir est l'une des manières de trouver ce qui est déjà en nous, mais si c'est le cas, ça reste que cela n'apparaitra qu'au contact d'une expérience extérieure?
RépondreEffacerMerci pour les réflexions.
Très juste réflexion. C'est comme si on avait constamment besoin d'un repoussoir pour apprécier la réalité. N'est-ce pas ainsi que les humains sont?
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