mardi 7 mars 2017

Le pont de la honte



Pont :

- N. m. Ouvrage par lequel une voie de circulation, un aqueduc, une conduite franchit un cours d'eau, un bras de mer, une dépression ou une voie de circulation.
- Symbole d'une relation, d'un lien, d'une négociation possible entre deux personnes, deux groupes, etc. : Couper les ponts.

-Dictionnaire Le Larousse

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Cet hiver, encore une fois, les cyclistes et les piétons des deux rives du fleuve ne peuvent se rejoindre. Le pont de la honte, comme nous nous plaisons à l’appeler désormais, on nous interdit de le franchir. Car c’est bien une honte. 

Aucune grande ville d’Amérique, peut-être même de tout l’hémisphère, ne prive ainsi ses citoyens de leur droit à la mobilité. Nulle part n’existe ce délire kafkaïen où la Ville est interdite d’accès à ceux qui ne possèdent pas de voiture.

Faut-il le rappeler, le droit à la mobilité est reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme et est inscrit en tant que liberté fondamentale dans la Chartre canadienne des droits et liberté. Et pourtant, on trouve le moyen de priver de ce droit un large pan de la population. 

Faut-il rappeler également qu’il a été démontré maintes et maintes fois que les transports actifs constituent un moyen efficace et peu coûteux d’augmenter l’espérance de vie, de réduire le coût des infrastructures et d’améliorer la qualité de l’air, entre autres, et que ces conclusions font consensus? Et pourtant, on cherche toujours à nous faire entrer de force dans des boîtes de métal ou sous terre.

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Cet hiver aura été le dernier de l’inertie. Nous avons traversé le pont, nous nous sommes donné la main. Plus jamais nous n’accepterons d’être traités en parias, plus jamais nous ne verrons nos droits bafoués, plus jamais nous ne nous laisserons bercer de promesses et d’illusions.

Ce mouvement est en marche depuis bien longtemps. À  l’origine, il ne touchait qu’un petit nombre. Plusieurs d’entre eux ont essayé et se sont heurtés à l’immobilisme et au mépris. Ils ont dû reculer, mais jamais ils n’ont perdu espoir.

D’autres sont venus ensuite. Le mouvement a pris de l’ampleur. La mobilisation a fait plus de bruit. Depuis quelques années, nous sommes si nombreux, de plus en plus, la vague grossit, et la poussée se fait si forte qu’« Ils » ne peuvent plus faire semblant de ne pas nous voir.

Cet hiver, l’action fut multiple, les coups de butoir sur les fondations de l’indifférence sont venus de partout, et « Ils » ont été bien forcés de nous répondre. Ils ont tenté de calmer le jeu, de nous dorer la pilule, de nous faire miroiter des lendemains qui chanteraient, « …si seulement c’était possible, mais… ».

Mais nous n’accepterons pas leurs excuses. Nous ne nous plierons pas à leur désir de nous faire taire. Notre mouvement est une déferlante, et, lorsque le temps sera venu, rien, ni leurs règlements, ni leurs barrières, ni leur police ne sauront nous arrêter.

Qu’ils s’y fassent, car nous passerons.



Pétition du Parlement du Canada demandant que les ponts fédéraux soient pourvues d'infrastructures pour les cyclistes et les piétons accessibles à l'année: 
https://petitions.parl.gc.ca/fr/Petition/Details?Petition=e-845




Photo: Nathalie Hurtubise

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