dimanche 28 juillet 2013

Les rues sont-elles pour tous?

Hier, Radio-Canada titrait : « Des contraventions salées à une quinzaine de cyclistes ».

On y apprend que vendredi dernier, lors de la « masse critique » qui se tient mensuellement au centre-ville de Montréal, la police a décidé de frapper et de gratifier les participants d'une amende pouvant atteindre 500 $ pour « entrave à la circulation »...

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le mouvement, une masse critique est une manifestation silencieuse et pacifique visant à regrouper un maximum de cyclistes au même endroit de façon à assurer la visibilité de ce moyen de transport et à faire prendre conscience aux automobilistes qu'ils doivent « partager la route ». Le mouvement est né à San Francisco en 1992 et se tient le dernier vendredi de chaque mois dans des centaines de villes à travers le monde.

Ce n'est pas la première fois que la police arrête ou menace des participants lors de masses critiques. C'est arrivé des dizaines de fois, surtout durant les premières années. Les automobilistes n'aiment pas ces obstructions et s'en plaignent. Les policiers sont parfois prompts à intervenir.

Mais à Montréal, l'intervention de vendredi semble faire partie d'un ensemble de mesures visant à remettre les cyclistes à leur place. On parle de moyens de sensibilisation visant à augmenter la sécurité routière. Les cyclistes ont plutôt l'impression de faire les frais d’un harcèlement systématique doublé d'une campagne médiatique orchestrée de manière à présenter les cyclistes comme une des délinquants dont le comportement met l'ensemble de la population en danger. Pour couronner le tout, ils sont arrogants, ne respectent rien et « ne payent même pas d'immatriculation »!

Il n'y a qu'à lire les commentaires à la suite de nouvelles rapportant tel ou tel incident impliquant un cycliste pour se rendre compte le peuple ne nous porte pas dans son cœur. Peu importe que le pauvre y ait laissé sa vie.

Pourquoi cela? Surtout, comment en sommes-nous arrivés là? Parce que, entre vous et moi, croît-on vraiment que les accrochages entre cyclistes et « les autres » (automobilistes, piétons), soient systématiquement causés par celui qui, insouciant ou pas, se déplace sur deux roues? Qu’ils se déplacent en bandes armées et menacent sciemment les citoyens? Que le cycliste moyen n'a d'autre but que de mettre sa vie en danger, et ce, au mépris du fragile équilibre de notre système de santé et de nos finances publiques?

Cela dit, je n'irai pas jusqu'à prétendre que le phénomène est unique à Montréal et au Québec. Des interventions policières musclées à l'encontre de groupes de cyclistes, lors de masses critiques par exemple, ont eu lieu par le passé ailleurs en Amérique du Nord. Des agressions de la part d'automobilistes, il y en a tous les jours de par le monde et, parfois, des cyclistes y laissent leur peau. Pour celui ou celle qui utilise le vélo comme moyen de transport, le mépris, l'impatience et l'indifférence se vivent quotidiennement, à tous les coins de rue.

Dans les médias, dans l'opinion publique, dans l'esprit des policiers et dans la perception des autorités, semble-t-il, les cyclistes sont les seuls artisans de leur malheur et doivent être tenus responsables de ce qui leur arrive. Et on finit par croire que tout ce qui nuit, ralentit ou entrave la circulation de la sacro-sainte automobile doit être tassé, éliminé. Surtout s'il possède deux roues.

Dans ce débat, on en est arrivé à évacuer totalement les notions élémentaires qui ont présidé à l'élaboration des Codes de la route, tels le respect du plus vulnérable, la prudence élémentaire, la protection de la vie humaine, la priorité du droit de passage. En Europe, ces principes ont même conduit à la création d'un outil mieux adapté à cohabitation en ville: le Code de la rue.

Malheureusement, dans notre société nord-américaine, déchirée entre libertés individuelles et droits collectifs, ces considérations ne font plus partie du débat, parce qu'on a réussi à diaboliser les victimes.

Les morts ont toujours tort.





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